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sentée par des ambassadeurs auprès des cours étrangères, elle passait pour n'avoir qu'une existence problématique ; à tel point que M. Ubicini, dans ses Lettres sur la Turquie, dont la publication ne date que de dix ans, a d'abord cru devoir se demander : y a-t-il une Turquie? Comme solution de cette question, il arrive à distinguer la population turque proprement dite, ou les Osmanlis, des populations étrangères, deux fois plus nombreuses, amalgamées dans l'empire ottoman : cette population distincte, qui forme une masse de 11,000,000 d'âmes, il la proclame brave, intelligente, honnête surtout, merveilleusement disposée au progrès, qualités bien plus propres que les traités à lui assurer son indépendance et sa nationalité. Un jugement semblable a été plus récemment porté par un voyageur français (1), qui m'écrivait :

l'avantage de me trouver en Turquie au « moment du réveil de la nationalité ottomane, « et j'ai observé de notables changements dans « les idées, les actes et les habitudes des « Musulmans; ces changements, ont surpris a autant les Francs que les voyageurs étran

J'ai eu

(C

(1) M. Natalis Rondot, le même qui avait fait partie de la mission de M. de Lagrenée en Chine.

(

gers : on ne croyait pas à Constantinople qu'il y eût tant de virilité dans la nation. »

En posant le pied sur le sol de la Turquie, souvenons-nous que nous foulons la terre classique par excellence, le berceau de la race hellénique et du Christianisme, d'où est sortie la civilisation ancienne et moderne. Son territoire correspond aux pays qui, dans l'antiquité, s'appelaient, en Europe : la Thrace, la Macédoine et l'île de Crète;—en Asie : l'Asie Mineure, péninsule grande comme la France et comprenant une douzaine de provinces qui furent jadis des royaumes, avec l'île de Chypre et les archipels de la Propontide, de la mer Égée, de la mer Icarienne et des Sporades; puis la Syrie, la Phénicie, la Palestine, l'Arménie, la Mésopotamie, l'Assyrie, la Babylonie ou Chaldée et la Susiane ;- en Afrique: l'Égypte et la Lybie. Si, à cette rapide énumération de pays, on ajoute la liste des grands hommes qu'ils ont vu naître, on rencontre des noms tels que : Moïse et Justinien parmi les législateurs ; Terpandre et Arion parmi les musiciens; Anacréon et Térence parmi les poëtes; Hérodote et Denys d'Halicarnasse parmi les historiens; les quatre Évangélistes, Tertullien et saint Clément d’Alexandrie parmi les écrivains ecclésiastiques ;

Chersiphron et Apollodore de Damas parmi les architectes; Thalès et Pythagore parmi les philosophes; Polygnote et Apelles parmi les peintres; Hippocrate et Galien parmi les médecins; Calippe et Hipparque parmi les astronomes; Aristophane de Byzance et Apollonius Dyscole parmi les grammairiens; Strabon et Claude Ptolémée parmi les géographes, Strabon surtout, que Malte-Brun appelle le premier géographe de l'antiquité, et dont l'Académie des inscriptions et belles - lettres avait fait publier une traduction française par Laporte du Theil, Gosselin, Coraï et Letronne.

La Turquie, malgré les réformes qui, préparées de longue main sous les règnes de Sélim, de Mustapha, de Mahmoud, ont été définitivement consacrées par le tanzimat ou la constitution de 1839, n'a pas atteint un degré de perfectionnement politique et administratif qui permette de constater sa situation avec la précision désirable; en d'autres termes , sa statistique officielle n'existe pas encore : aucune publication directe du gouvernement ne fait connaitre l'état social de la Turquie, ainsi que cela a lieu aujourd'hui dans les principaux États de l'Europe. « Je ne vous ai rien rapporté, « car il n'y a rien, m'écrivait M. Rondot dans

« pas

a sa lettre rappelée plus haut. Il n'existe aucun « document officiel, écrit ni imprimé. Je n'ai « rien trouvé dans les ministères, et la disette

d'informations authentiques est telle , que « même pour les poids et mesures, il ne m'a

été possible d'obtenir quoi que ce soit du « ministère du commerce. Cependant j'ai vu, « entendu et recueilli beaucoup de faits... Si « vous vouliez me communiquer votre manus

crit, ou m'adresser des questions sur des

points limités, je ferais mes efforts pour satis« faire à vos désirs dans la mesure de ce que

je sais. » C'est à cette offre obligeante que je dois des renseignements précieux et inédits sur différentes branches de l'agriculture, notamment sur l'industrie séricicole, comme aussi sur les diverses monnaies d'or et d'argent en circulation dans l'empire.

Cependant, les informations statistiques, si rares, comme on le voit, au centre de l'administration, abondent, paraît-il, dans les provinces. « Il existe, depuis le temps de Suleiman, « des bureaux de statistique dans chaque chef« lieu de circonscription administrative. Mais « cette statistique est, en général, mal faite, et « ne sert qu'à entasser dans le djeridè-khane « et le defter-khané, des masses de documents

(C

« contradictoires, entièrement ignorés, d'ail« leurs, du public (1). »

D'un autre côté, au congrès international de statistique, réuni à Vienne en 1857, le délégué du gouvernement ottoman s'est exprimé en ces termes :

Messieurs, le gouvernement de Sa Majesté impériale, mon auguste maitre, ayant suivi « avec un vif intérêt la marche des travaux du

congrès international de statistique, et dé« sirant concourir à l'accomplissement d'une « euvre qui se rattache si intimement aux

progrès de la science et au perfectionnement « du système administratif, a daigné me « nommer son représentant dans cette hono« rable assemblée qui constitue la troisième « session du congrès.

« La Sublime- Porte apprécie donc hau« tement toute l'importance scientifique de « cette réunion. Les lumières qui doivent

jaillir de ses délibérations donneront néces« sairement lieu à des résultats universels dont « le gouvernement' ottoman sera jaloux de

profiter un des premiers pour le dévelop« pement de la science statistique en Tur

quie.

(

(1) Lettres sur la Turquie, par M. Ubicini, 2e édition, page 26.

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