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BRITANNIQUE

Sciences Naturelles.

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DU GLOBE (1).

La terre, l'Océan, l'air 1 — que d'événements, de sympathies, d'intérêts présents et à venir, se rattachent à ces mots magiques ! quels immenses tableaux , dès que nous les prononçons, se déroulent à pos yeux, à notre mémoire, à notre imagination ! Et pourtant notre globe n’occupe qu’un rang bien inférieur dans un système planétaire au delà duquel la pensée humaine ne peut prendre l'essor sans se perdre dans l'abime de l'espace, au sein de l'infini. Cette contemplation, si on peut l'appeler ainsi, nous écrase ; nous sentons le besoin de la circonscrire au monde que nous habitons et où nous vivons entourés de tant de réalités mystérieuses. Lorsqu'on voit se déployer le magnifique panorama des vallées et des collines, des clairières et des forêts, des rivières et des cataractes, des montagnes couronnées de neige et des pics

(1) Physical Geography, by Mary Somerville, authoress of the «Connexion of tbe physical sciences, » etc. 2 vol. 89. London, 1848.

volcaniques, l'esprit se reporte à ces temps primitifs ou les continents sortirent de la mer, où la croûte de la terre se durcit, où les eaux du déluge se creusèrent à elles-mêmes un canal, façonnèrent, pour ainsi dire, et ciselèrent la surface du globe. Le spectacle de l'Océan calme et poli comme un miroir, réflétant l'azur du ciel, ne ferait guère songer à la période reculée où, pour employer le style biblique, les ténèbres couvraient la face de l'abime; mais les vents déchaînés ne bouleversent que trop souvent les flots; trop souvent la mer en fureur assiége les barrières que lui a imposées la nature, rompt les digues élevées par la main des hommes et engloutii leurs flottants boulevards. L'atmosphère que nous respirons, l'enveloppe éthérée qui nous environne a subi aussi ses révolutions, dont l'étude offre un puissant intérêt, comme tout ce qui se rattache à l'histoire passée et à l'état actuel de la terre. Aussi a-t-on lieu de s'étonner qu'aucun ouvrage spécial n'ait été publié jusqu'ici, en Angleterre du moins, sur les grandes questions de la géographie physique. Dès notre jeunesse, on nous habitue à n'envisager le monde que sous le rapport des démarcations arbitraires de la politique. Les limites naturelles ont été remplacées par lignes de douane et des ceintures de forteresses, lignes mobiles comme la fortune des conquérants. Plusieurs fois, dans la durée d'un siècle, le glaive déchire et refait la carte du monde; mais le grand destructeur, l'homme, n'a pu altérer encore aucun des grands traits du globe. S'il est parvenu à détourner quelques ruisseaux de leurs lits, à percer quelques montagoes, à rayer la surface de la terre de ses chaussées ou de ses voies ferrées, c'est en vain qu'il essayerait de déplacer le moindre pic de granit.

Ces considérations, et une infinité d'autres, nous ont fait accueillir avec empressement l'ouvrage que nous allons essayer d'analyser. Des hautes sphères de l'astronomie où Mrs. Somerville a conquis sa renommée de jeune fille, du riche et vaste champ des sciences physiques dont elle à tracé de main de maitre la a connexion, cette femme éminente est descendue à un plus humble, mais non moins important sujet, celui de la géographie naturelle ou physique. Le cercle de ses lecteurs ne peut manquer de s'agrandir encore cette fois, et, sans aucun doute, elle atteindra son but, qui, dit-elle, est de rendre plus familières aux femmes de son pays les lois qui gouvernent le monde matériel.

des

L'ouvrage de Mrs. Somerville commence par un chapitre pré. liminaire sur la géologie, où l'on remarque un court et brillant aperçu de la condition actuelle et de l'histoire passée de la terre :

« L'élévation de la température à mesure qu'on pénètre plus avant sous la surface du globe, les ravages et la désolation répandus dans de vastes contrées par les volcans, prouvent qu'il existe à quelques milles seulement, sous terre d'immenses lacs ou mers de feu liquide. L'écorce même de notre monde, loin d'être stable sous les pieds de l'homme, est sujette non-seulement à des convulsions temporaires qui ébranlent le globe jusqu'au centre, mais à une lente et insensible élévation du sol dans certains endroits, et à une dépression également insensible sur d'autres points, comme si la matière en fusion dans les entrailles de la terre était soumise à des marées séculaires, à des flux et reflux, comme si les rochers sous-jacents, par suite de grandes variations de température, augmentaient ou diminuaient de volume.

» Les tremblements de terre et les torrents ont déchiré la surface du sol et révélé le secret des antiques annales de la création, a imprimées en caractères indélébiles sur les montagnes éternelles. » On sait maintenant quels changements successifs ont amenė ceite masse brute et informe à son état actuel de beauté; on a recueilli les débris et retrouvé la trace des myriades d'êtres qui, après avoir accompli leur destination sur ce théâtre de la vie mortelle, en ont été balayés pour faire place à des races nouvelles évanouies à leur tour, jusqu'à ce que la création de l'homme complétât l'euvre gloriense. Qui définira la période des matins et des soirs où Dieu, contemplant son ouvre, dit : «Cela est bon? » Qui déterminera la durée assignée à la race humaine, lorsque les générations du plus insignifiant insecte ont vécu des siècles innombrables? A son tour l'homme disparaîtra dans le cours mobile des événements ; la terre sera brûlée; les éléments rentreront par la fusion ignée dans le chaos, pour en sortir peut-être renouvelés et ornés d'autres races d’êtres vivants. Ces révolutions confondent notre intelligence, mais ne sont peut-être que des cycles réguliers dans ces grandes lois de l'univers où tout est variable, hors les lois elles-mêmes et celui qui les a faites. »

L'auteur expose ensuite rapidement les diverses formations géologiques que les ouvrages de M. Lyell ont déjà rendues familières à la plupart des lecteurs. Nous ne citerons qu'un ou deux extraits de cet exposé, pour ne pas entrer dans une discussion trop spéciale.

« Les nouvelles terres, dit Mrs. Somerville, qui se trouvaient parsemées sur l'Océan de la période oolithique, étaient arrosées par des rivières et habitées par des crocodiles, et des reptiles sauriens d'une grandeur gigantesque, la plupart appartenant à des espèces aujourd'hui détruites. Les crocodiles ressemblaient un peu plus aux reptiles modernes; mais les sauriens, bien que leur structure générale offrit une similitude éloignée avec des animaux encore vivants, étaient des monstres dans l'ordre naturel tel que nous le concevons. Combinant en un seul corps les traits distinctifs de plusieurs ordres de créatures, ils ressemblaient plutôt aux visions d'un songe qu'à des êtres réels. Cependant plusieurs sauriens se rapprochaient davantage des mammifères actuels qu'aucun des reptiles vivants. Quelques-uns vivaient dans l'eau, d'autres étaient amphibies, et les diverses espèces d'un des genres retrouvés et reconstruits par la science, avaient des ailes comme les chauves-souris et se nourrissaient d'insectes. Il y avait des sauriens herbivores et des sauriens carnassiers. Leur grandeur et leur force les rendaient très-formidables. On les trouve en nombre si considérable dans les dépôts fossiles, qu'ils ont dû pulluler durant des siècles à l'embouchure des fleuves et dans les basfonds de la mer, surtout dans les lias, couche d'argile marine, la plus basse de la série oolitbique. Leur nombre déclina graduellement à la fin de la période fossilifère secondaire; mais ils subsistèrent néanmoins comme classe d'ètres durant toutes les ères subséquentes, et on les retrouve encore dans les contrées situées sous les tropiques, bien que les espèces actuelles différent essentiellement des anciennes. Des tortues de différents genres étaient contemporaines des grands sauriens. Dans l'ardoise de Stonefield, couche du groupe oolithique inférieur, on a trouvé des débris d'insectes; on y a également découvert les os de deux petits quadrupèdes appartenant à la tribu des marsupiens, tels que l'opossum; circonstance très-remarquable, car cette famille d'animaux est aujourd'hui confinée dans la Nouvelle-Hollande et dans l'Amérique du Sud; elle ne dépasse pas du moins la Pennsylvanie. Les grandes révolutions de la vie animale durant cette période corres.

pondaient aux changements successifs opérés dans la croûte terrestre. » (P. 15 et 16.)

La formation crétacée, composée d'argile, de sable vert et de sable ferrugineux, de pierre à chaux bleue et de craie, doit son nom à la prédominance de cette dernière substance en Angleterre et dans d'autres pays, bien qu'elle manque dans quelques localités où on rencontre les autres couches. L'argile de Wealden, couche inférieure de cette formation, est un dépôt des eaux douces. Elle contient la forêt fossile de Portland, des fougères, des pins auracariés et des plantes alliées aux jamias et aux cycadées des tropiques. Les tortues et les sauriens foisonnaient dans ses lacs et les embouchures de ses fleuves. On trouve aussi des poissons et des oiseaux échassiers dans l'argile de Wealden. La craie placée audessus abonde en fossiles marins, en tortues, en coraux, en coquillages. Les sauriens de l'espèce colossale y sont peu nombreux, mais un animal gigantesque, tenant le milieu entre le monitor et l'iguane, vivait à la même époque.

Les vieilles choses commençaient à disparaître; tout prenait un aspect nouveau; les grands traits du monde actuel se dessinaient; la main du maitre sculptait son cuvre à peine dégrossie. Les couches tertiaires se déposaient dans les bassins et les creux de la surface du globe, où, bien que d'une étendue et d'une épaisseur parfois énormes, elles se présentent irrégulièrement. Les groupes de cette formation, désignés par les noms d'eiocénien, de meiocénien et de pleiocénien, contiennent des coquilles plus ou moins différentes de celles qui existent aujourd'hui ; ils s'étendent en couches généralement horizontales, mais assez souvent soulevées et inclinées sur les flancs des chaînes de montagnes, telles que les Alpes et les Apennins. Les reptiles gigantesques des formations précédentes avaient presque disparu et les mammifères terrestres occupaient déjà le sol. On a aussi trouvé à de grandes élévations dans la formation tertiaire les débris de mammifères marins, et pareillement ceux d'espèces d'oiseaux éteintes, mais alliées de prés au hibou, au buzard, à la caille, au courlis. Durant la période tertiaire, le climat qui était celui des tropiques, devint arctique par suite de l'exhaussement du sol, et une grande partie du continent européen fut couverte d'un océan de glaçons flottants. Vers la fin, cependant, de la période pleiocénienne, le lit de cet océan

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