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la figure maladive, envoyait une flèche à cent soixante pieds de distance et frappait la branche de mélèze qu'il visait à soixante pieds au-dessus du sol. Pour tuer des écureuils et des martres sans endommager leur peau, ces hommes emploient des flèches garnies à leur extrémité d'une petite balle.

Après un voyage à travers les villages en bois tartares, et les villes qui ne sont guère plus belles que les villages, l'aspect de Tobolsk avec ses clochers, ses couvents, ses maisons largement construites parait imposant; mais on y chercherait en vain une auberge. De tels établissements sont inconnus en Sibérie. Si l'étranger ne connaît personne dans la ville, il a recours au chef de la police qui le recommande à l'hospitalité d'un des habitants, chez lequel il reste aussi longtemps que bon lui semble, sans être obligé de rien payer. M. Erman et ses compagnons furent ainsi logés d'office dans une vaste maison en bois où ils devaient attendre les premières gelées. Ils arrivaient à Tobolsk au commencement d’octobre; à cette époque et à la fin de l’hiver, tout voyage est extrêmement difficile, sinon impossible (1); il faut que la neige soit durcie par le froid pour qu'on puisse se mettre en route. Mais dans ces sauvages régions, nul lieu ne convient mieux que Tobolsk à celui que la saison retient dans une inaction forcée.

Bien accueilli par le gouverneur général et par les autres officiers, au milieu desquels il recueillait chaque jour quelques nouveaux renseignements, M. Erman résolut pourtant d'entreprendre une excursion à l'embouchure de l'Obi, au delà du cercle polaire. Il était attiré là à la fois par le désir de tracer quelques lignes magnétiques, et par celui de voir les populations primitives du nord de l'Obi.

Vers le milieu de novembre, les glaces flottantes de l'Irtisch s'étant affermies, il fit ses derniers préparatifs. Un cosaque devait lui servir de guide et d'interprète; quelques traîneaux, assez légers pour être conduits par des rennes ou des chiens, renfermaient ses ustensiles de cuisine et des provisions de pain, de saumon salé, de caviar. Il dut aussi prendre un nouveau passeport signé par le

(1) Note DU RÉDACTEUR. Il en est de même à Pétersbourg, où un birer rude interrompt les communications, rend les approvisionnements difficiles et peut devenir une sorte de calamite.

gouverneur de Tobolsk, car, dans ces lointaines contrées, le peuple n'a qu'une vague notion du pouvoir qui réside à Pétersbourg.

Le traîneau occupé par M. Erman était garni de chaque côté de deux fortes barres pour lui servir de sauvegarde. Vers la fin de l'année, les chemins couverts de neige et fréquemment sillonnés présentent une surface ondulante, pareille à celle d'une mer agitée, et impriment au traîneau un tel balancement, que sans ces barres sur lesquelles il s'appuie, le voyageur, atteint d'une sorte de mal de mer, courrait souvent risque de tomber. Sur les chemins couverts de troncs d'arbres, le mouvement est bien plus pénible encore et plus dangereux. Après quelques années de trajet continu sur de pareilles routes, les postillons russes finissent par perdre l'usage de leurs facultés mentales et sont quelquefois atteints d'une affection vertébrale.

A l'époque où M. Erman entreprit son voyage, la neige n'avait point encore subi cette désagréable transformation. La poste de Tobolsk à Beresow avait seule parcouru la route, et le traîneau glissait rapidement sur la neige légèrement durcie. Au delà du village de Tugalova, situé à 140 milles de Tobolsk, M. Erman voyage sur la glace de l'Irtisch, et remarque en passant l'appareil employé pour la pêche d'hiver. Cet appareil se compose d'un pieu enfoncé dans l'eau. A son extrémité supérieure, sont des baguettes recourbées à la surface de la glace, et entourant le trou où l'on introduit la ligne et l'hameçon. L'oscillation imprimée à la partie supérieure de l'appareil indique que le poisson a mordu à l'amorce. Ce procédé ne suffirait pas pourtant pour tirer de leur engourdissement les esturgeons qui restent au fond de la rivière, immobiles, inertes et serrés l'un contre l'autre. Pour les réveiller, on jette, au-dessous de la ligne, des boules de terre chauffées au feu. Les esturgeons, troublés dans leur sommeil, remontent le cours du fleuve, et arrivent au piége qui leur est tendu. Cette pêche, l'une des principales occupations des Ostyaks, est trèsproductive. La rivière est remplie d'une quantité de poissons de diverses espèces. On y trouve surtout beaucoup d'anguilles, dont la chair est peu estimée, mais dont la peau lissée, huilée, est employée en guise de vitres dans les habitations. Les Ostyaks des rives septentrionales de la Sosnava emploient pour vitrage des plaques de glace d'un pied d'épaisseur, soutenues au dehors par des pieux. La chaleur de l'appartement fait fondre la surface intérieure de cette glace et la rend aussi polie, aussi claire qu’un miroir. Ces vitres sont meilleures que celles que l'on façonne avec la peau de poisson, dont les rugosités brisent les rayons de la lamière. Les Sosnoviens emploient plus utilement ces peaux à en faire des bottes, des vêtements, impénétrables à l'action de l'air, et aussi chauds que des fourrures.

Le commencement d'une saison de pêche est célébré par les Ostyaks avec une sorte de saturnales. Bien qu'ils portent le nom de chrétiens et qu'ils se rendent à l'église une fois par an, ils ont conservé un grand nombre de cérémonies et de superstitions païennes. Leurs prêtres, en général, ne sont pas hommes à les ramener aux vrais dogmes de l'Evangile. Les jours de fêtes, ils entrent parfois à l'église dans un tel état d'ivresse, qu'ils ne peuvent y remplir leur office. Avec de tels pasteurs, il n'est pas surprenant que le troupeau s'égare.

En partant pour la pêche, les Ostyaks immolent une holocauste, et se barbouillent le visage avec le sang de la victime. Pendant ce temps, les femmes s'en vont au kabak cabaret), et se mettent à boire. Le débit des spiritueux en Sibérie, de même que dans les autres parties de l'empire russe, est un monopole du gouvernement. On ne trouve de l'eau-de-vie que chez ceux auxquels le droit d'en vendre a été affermé. Dans une petite chambre, M. Erman trouva une douzaine de femmes réunies amicalement autour d'une bouteille, et déjà à moitié ivres. Toutes parlaient avec une joyeuse animation, puis se levaient et s'agitaient, puis s'embrassaient l'une l'autre. Ces braves dames ayant épuisé dans leur as semblée toutes leurs ressources pécuniaires, sans avoir encore complétement satisfait à leurs bachiques désirs, le généreux écrivain allemand leur ouvrit au comptoir du cabaretier un nouveau crédit. Elles essayèrent de justifier cet acte de magnanimité en se conduisant comme de bonnes chrétiennes. Pour neutraliser l'effet satanique des spiritueux, les Russes ont l'habitude de souffler sur leur verre, et de murmurer, à voix basse, une prière, ou de faire le signe de la croix. Les femmes à qui le voyageur allemand venait d'accorder une si grande grâce, firent des signes de croix démesurés, et se prosternèrent la face contre terre, comme si elles entraient dans une église.

Les Ostyaks joignent aux produits de la pêche ceux de la chasse. Leurs profondes forêts sont peuplées d'une quantité d'animaux dont la fourrure est précieuse. Chaque famille doit au gouvernement un tribut annuel de deux peaux de martres, qu'elle se procure aisément. Dès le commencement de l'hiver, l'hôte de M. Erman en avait déjà une, et la gardait dans une boîte, comme un trésor. La valeur de cette peau était pourtant amoindrie par une petite tache jaune, qui provenait, selon le sagace Ostyak, de ce que l'animal avait vécu dans des bois trop clairs. Outre la martre et l'écureuil, les chasseurs poursuivent encore le renne, le renard, le glouton, l'élan. M. Erman s'est enquis de l'hostilité qui existe entre ces deux animaux. On lui a raconté ce que l'on raconte en Europe, que le glouton s'élance, d'un arbre, sur le cou de l'élan, et s'y cramponne jusqu'à ce que son ennemi succombe. Personne cependant n'a été témoin de ce fait, qui s'est transmis d'âge en âge par la tradition. L'hermine est prise dans des trappes. Le renard le plus estimé est celui qu'on désigne sous le nom de renard à croix, à cause de deux raies grises qui forment, sur sa peau blanche, ce symbole chrétien. Le clergé russe recherche surtout, pour en faire des pelisses, cette peau emblématique.

A la latitude de la ville de Beresow, est le principal quartier des castors de Sibérie que l'on chasse, non point tant pour leur peau que pour le spécifique qui porte leur nom, et auquel on attribue tant de vertus médicinales. Toutes les tentatives faites pour obtenir en Allemagne un produit pareil à celui-ci ont échoué. Ce n'est, dit M. Erman, que dans les lointains parages du nord que la nature donne aux animaux le parfum des fleurs. Les cosaks et les marchands russes ont fait de la vessie du castor une panacée. A cette sentence : Dieu s'est levé, et nos ennemis ont été dispersés, les Sibériens ajoutent : Et nous sommes exempts des maux de tête. Pour s'assurer cette heureuse condition, chacun d'eux emploie, dans sa demeure ou en voyage, deux remèdes : le castoreum et le sel ammoniaque. La vertu du castoreum leur a fait croire que les autres parties du corps de l'animal devaient avoir aussi leur efticacité. On dit que sa graisse guérit de la goutte, et ses dents du mal de denis.

Le castor est le seul animal de ces régions dont la peau ne change pas de couleur dans le cours de l'année, sans doute parce qu'il sejourne l’hiver dans l'eau, à un degré à peu près toujours égal de température. L'eau de l'Obi ne gèle pas à plus de quatre pieds de profondeur. Le castor a deux entrées dans sa demeure ; l'une sur le rivage, l'autre au-dessous du point de la congélation. Son mode de construction est ici le même qu'en Amérique. M. Erman rapporte cependant deux observations nouvelles qui lui ont été communiquées par les chasseurs du Beresow. Ces chasseurs prétendent que, parmi les castors mâles et femelles, il y a des distinctions de rang; que chaque chef a sous ses ordres un certain nombre d'ouvriers dont il surveille et dirige la besogne, sans prendre part à leurs travaux. Ils prétendent aussi que le développement et l'arome du castoréum dépendent de la lune. M. Erman n'a pu rérifier la justesse de ces deux assertions.

Les tribus les plus septentrionales des Ostyaks qui habitent eutre l'Obi et le Yenisei sont plus habiles à la chasse que leurs voisins du sud, et leur habileté est encore surpassée par celle des Samoïèdes qui vivent à la dernière extrémité septentrionale de la Sibérie. Les rives de l'Yenisei sont peuplées d'une quantité de loups dont la peau couverte de poils longs et soyeux est beaucoup plus estimée que celle des loups des régions moyennes. Les habitants de ce district se distinguent par l'adresse avec laquelle ils s'emparent des rennes sauvages. Us enlacent des lanières de cuir aux cornes des rennes apprivoisés, puis les chassent un à un dans le voisinage d'un troupeau sauvage. Ceux-ci ne manquent pas d'attaquer le nouveau venu, mais bientôt ils se trouvent euxmêmes pris et arrêtés par le réseau flottant; et quand le chasseur arrive, il lui est facile de s'emparer de sa proie. Ces Ostyaks s'entendent aussi très-bien à fixer en terre des ressorts qui lancent une flèche dans la poitrine des bêtes fauves.

Mais, outre ces procédés, les Samoïèdes ont des moyens particuliers de tromper et de surprendre l'animal sauvage, en se couvrant d'une peau pareille à la sienne, en imitant sa démarche, et sa voix. L'ours polaire est la victime ordinaire de ces artifices, ou d'une attaque hardie : les Samoïèdes le rencontrent si fréquem

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