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cette lance en triomphe en chantant le chant de guerre. Toutes les autres femmes sortent alors des wigwams et se mettent à danser. La durée des danses est proportionnée à l'éclat du succès. Si la troupe guerrière ramène des prisonniers, chacun se fait un pieux devoir d'insulter à leur infortune; les vieillards les accablent de paroles outrageantes; les enfants les harcèlent et les mordent comme des chiens; puis les pauvres captifs sont livrés à telle ou telle famille, qui les condamne aux plus rudes travaux.

Si l'expédition a échoué, les guerriers arrivent en silence, l'un après l'autre, tête basse, dans le village. Pendant plusieurs jours ils se meurtrissent les membres, s'imposent toutes sortes de privations pour se châtier de leur insuccès, et quelquefois, dans un accès de rage, égorgent leurs anciens prisonniers.

M. Gregg parle encore des Osages, des Pawnies, et de plusieurs autres tribus trop vivement dépeintes dans les romans de Cooper, dans l'Astoria de Washington Irving, dans divers autres livres, pour que nous puissions décemment nous hasarder à les décrire de nouveau.

Après un premier séjour à Santa-Fé, l'auteur de ce livre sur le commerce des Prairies se remet en route pour les États-Unis avec une partie de sa caravane, qui emporte, pour prix de sa cargaison, des peaux de buffle, des balles de laine, de la poudre d'or, des lingots d'argent, et emmène en outre un troupeau d'ânes et de mulets. Le Nouveau-Mexique n'offre point d'autres denrées aux marchands américains, et d'ailleurs ils ne pourraient prendre un lourd chargement. L'approche de l'hiver les oblige à s'en retourner en toute hâte, et celle fois ils traversent en trente-huit ou quarante jours le désert qui les sépare d'Indépendance.

Ce désert, qui se prolonge d'un côté jusqu'aux montagnes Rocheuses, de l'autre jusqu'au Texas, est, dans sa plus grande étendue, uni comme un lac, coupé çà et là seulement par quelques élévations de terrain, sillonné par des rivières, dont une seule, le Missouri, est complétement navigable. Les bords de ces rivières sont cependant parés d'une forte et riante végétation. On y trouve des arbres fruitiers, et le chêne majestueux, et le bois flexible et dur, appelé bois à arcs. Des tapis de fleurs ornent ces fraîches oasis pendant une partie de l'année.

Mais plus loin on ne voit que des plaines, arides, sablonneuses,

dépourvues d'arbres et d'eau, couvertes seulement à certains intervalles de pâturages verts.

Là paissent par centaines les troupeaux de buffles à la puissante encolure, aux cornes noires cachées sous des touffes de longs poils, et le cheval sauvage, impétueux, superbe, comme le cheval de Joh. Là on entend le soir retentir dans le silence du désert les cris féroces du chacal, les hurlements des loups gris et les mugissements de l'ours. Parmi les animaux qui peuplent les Prairies, il faut signaler encore l'hyène altérée de sang, l'antilope rapide, le bighorn, renommé par sa chair savoureuse, le lézard à cornes, qui n'a besoin d'aucune boisson, qui peut passer des mois entiers sans prendre aucun aliment, puis le chien des Prairies. Ces derniers animaux se trouvent par milliers dans certains districts. En creusant leurs terriers, ils soulèvent sur plusieurs lignes parallèles, régulières, des tertres qui donnent à leurs habitations l'apparence d'une masse de tentes d'un campement en miniature.

« En arrivant, dit M. Gregg, près d'un de leurs villages, on voit des chiens errants dans la rue, s'en allant en société d'une demeure à l'autre, quelques-uns broutant l'herbe fraiche, d'autres réunis sur la place publique comme pour tenir conseil, d'autres rêvant comme des philosophes sur le seuil de leur habitation. Mais dès que l'un d'eux aperçoit une caravane, il donne, par des glapissements aigus, le signal du danger, et toute la colonie se précipite aussitôt dans ses réduits souterrains, qui sont creusés à une telle profondeur qu'on ne peut y pénétrer. »

L'intrépide M. Gregg a pris un tel goût à cet étrange voyage, qu'il l'a recommencé plusieurs fois de suite. Il a fait partie d'une des premières caravanes importantes qui partaient pour SantaFé, et il a vu d'année en année grandir cet aventureux commerce des Prairies. En 1824, cent hommes conduisaient pour la première fois vingt-six wagons au Nouveau-Mexique. En 1832, le nombre des wagons était déjà plus que doublé. En 1839, on en comptait cent trente escortés de deux cent cinquante hommes. En 1843, la caravane marchande se composait de deux cent trente chariots, deux cent cinquante hommes, et portait des marchandises pour une valeur de 450,000 dollars (2,250,000 fr.).

Auri sacra fames, que de courage tu donnes ! que de hardies et dangereuses entreprises dont tu es le premier mobile !

X. M. (Journal af a Trade.)

Politique.

DES CAUSES DE LA PROSPÉRITÉ DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.

PAR L'AUTEUR DE L'OUISCE D'UNE CONSTITUTION RÉPUBLICAINE

De l'autre côté de l'Atlantique s'élève une nation de même origine que la nation anglaise), de même race, mue peut-être par la même ambition, mais plus apte, sous tous les rapports, à devenir une des plus grandes puissances du monde.

G. T. Poussin, De la Puissance américaine.

Vers la fin du dernier siècle, treize colonies anglaises, situées dans l'Amérique septentrionale, secouèrent le joug de la mère patrie, et, sous les auspices de la France, furent admises comme république fédérative dans la grande famille des nations.

Aujourd'hui cette république, dont l'origine est si récente, n'a pas d'égale en puissance dans le nouveau monde, et dans l'ancien, parmi les vieilles puissances de l'Europe, elle marque déjà sa place au premier rang. Prodigieux accroissement qui peut passer, à bon droit, pour la merveille des temps modernes. D'autres peuples sont peut-être partis de plus bas pour monter an faite de 'la puissance, les Romains par exemple; mais leur élévation, on doit le remarquer, n'a été que l'æuvre lente et graduelle des siècles, favorisée ou pour mieux dire provoquée par des institutions toutes militaires, qui faisaient de l'esprit de conquête un insatiable besoin. Et même en ayant constamment le fer à la main, même en combattant et en subjuguant successivement tous leurs voisins pour les absorber violemment dans leur envahissante nationalité, les Romains employérent cinq cents ans à établir leur domination sur la péninsule italique, tandis que la république américaine a quintuplé sa population, triplé son territoire et décuplé au moins sa puissance productive en un demi-siècle : et cela sans armée, sans guerres, sans conquêtes, grâce au seul effet du développement graduel et pacifique de ses facultés naturelles fécondées par le travail.

Personne assurément ne rêvait un pareil résultat à l'époque où ces colonies luttaient glorieusement pour leur indépendance. Raynal, dont la sympathie pour les Américains n'était pas douteuse, écrivait en 1781 : Si dix millions d'hommes trouvent jamais une subsistance assurée dans ces provinces, ce sera beaucoup. En moins de quarante ans le jamais de Raynal était arrivé, et maintenant, c'est-à-dire soixante-cinq ans après, les dix millions qu'il donnait comme la limite extrême du possible sont plus que doublés. Bien plus, la progression ascendante conserve son étonnante rapidité, et promet non plus seulement des dizaines, mais des centaines de millions. L'événement a donc mis en défaut toutes les prévisions et passé toutes les espérances.

Le fait admis, et il n'y a pas moyen de le révoquer en doute, on se demande involontairement quelles sont les causes de cette étonnante prospérité et quelle en sera la limite ?

A ne s'occuper que des causes, il faudrait des volumes pour en traiter avec le développement convenable, et nous n'avons que quelques pages à notre disposition. L'examen auquel nous allons pous livrer sera donc fort sommaire et ne portera que sur huit chefs, savoir : 1° Caractère du peuple; 2. liberté d'action; 3° habitude de tout faire par soi-même; 4° légèreté de taxes; 5° étendue, variété et richesse du territoire; 6° facilité d'obtenir des terres à bas prix; 7° développement du système de crédit; 8° isolement. Nous allons les passer rapidement en revue.

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La première et la plus considérable de ces causes se trouve, selon nous, dans le caractère du peuple lui-même. Ce qu'on appelle le hasard a moins d'influence sur notre destinée qu'on ne le croit communément. Pour les peuples comme pour les individus, le hasard, ou si l'on aime mieux, le sor est une sorte de bouc émissaire sur lequel on rejette invariablement la faute de tout ce qui arrive de fâcheux : c'est une manière commode de s'affranchir de la responsabilité de ses propres actes. En réalité, le sort n'est point une puissance aussi aveugle qu'on voudrait bien le faire croire; il n'est guère, la plupart du temps, que la conséquence logique de nos qualités ou de nos défauts. Si l'on examine attentivement la conduite des hommes heureux et des peuples prospères, on trouvera qu'ils sont aussi ou fort habiles ou remarquablement bien doués; pareillement et en sens inverse, on trouvera chez les malheureux des défauts, des infirmités ou des vices (1). Presque toujours notre sort est en nos mains. Il serait par trop commode, en vérité, de s'attribuer tout l'honneur de ce qui arrive d'heureux, et de rejeter la responsabilité de tout le mal sur un étre idéal et malfaisant.

Ainsi la race anglo-saxonne est une des premières, sinon la première de toutes pour le travail. Ce n'est pas qu'elle y apporte une aptitude particulière; mais elle y met invariablement une assiduité et une énergie qui remplacent avantageusement la supériorité d'adresse quand par hasard elles ne la donnent pas. D'antres peuvent peut-être faire plus de besogne dans un temps donné; mais c'est en quelque sorte par accident, et cet effort momentané est invariablement contre-balancé par un temps plus considérable d'oisiveté complète. L'Anglo-Saxon, lui , travaille assidûment, régulièrement, en employant les meilleures méthodes, avec une activité froide et calme qui ne se ralentit jamais.

Un homme dont l'observation est souvent profonde et toujours judicieuse, M. Michel Chevalier, l'a dit avec raison : « Lorsqu'il s'agit de vaincre des nations sur les champs de bataille, le Français peut entrer dans la lice la tête haute; pour dompter la nature, l’Anglais vaut mieux que nous. Il a une fibre plus rigide, des muscles mieux nourris; physiquement il est mieux constitué pour le travail; il le pousse avec plus de méthode et de persévérance; il s'y plait, il s'y entête. Si dans son cuvre il rencontre un obstacle, il l'attaque avec une passion concentrée dont nous,

(1) Il est bien entendu qu'il ne s'agit ici que des choses possibles. Il y a ésidemment des conditions materielles et morales qui dominent la volonté ; mais ce sont des exceptions.

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