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BRITANNIQUE.

Politique Sociale.

LES COMMUNISTES ANGLAIS ET FRANÇAIS.

Le communisme est un mot nouveau, mais il n'est aucune des théories sociétaires que ce mot résume qui n'ait été agitée par quelque législateur, quelque réformateur politique, quelque fondateur de secte ou quelque philosophe de l'antiquité et du moyen age. Le paganisme a eu ses communistes, le christianisme primitif a eu les siens. Le communisme des temps modernes a mis à contribution tous ces systèmes dont quelques-uns avaient été en partie réalisés. Socrate, Platon et Aristote, sir Thomas Morus, lord Bacon et autres grands penseurs, pourraient nous fournir des arguments pour ou contre les doctrines des communistes contemporains. La constitution de l'ile de Crète, le Pérou sous Mungo Capac, les associations des frères moraves et le Paraguay sous les jésuites, prouvent que ces doctrines furent appliquées sur une assez grande échelle. Les utopies récentes, dont quelques-unes développent très-largement l'idée primitive, ne peuvent être jugées complétement sur des essais incomplets ; mais ces essais mêmes permettent du moins de conclure qu'aucun système social n'est plus opposé aux mours

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modernes, aucun ne menace d'un bouleversement plus radical toutes les constitutions politiques, aucun n'arrêterait surtout plus fatalement les progrès de la liberté humaine.

Les vrais communistes en conviennent avec plus ou moins de franchise : leur niveau social ne peut être établi que par une loi rigoureuse qui se substituerait à toutes les lois, à tous les usages, à toutes les traditions. L'abolition de la propriété privée change toutes les notions reçues en religion, en morale, en politique. Pour rendre l'Europe communiste, il faudrait réformer quelque chose de plus encore que les gouvernements monarchiques ou républicains, tels qu'ils existent, tels qu'ils peuvent exister sous la religion révélée : il faudrait commencer par réformer Dien lui-même. L'état chez les communistes, c'est-à-dire le pouvoir exécutif, doit être, disent-ils, le seul propriétaire, le seul capitaliste, le seul banquier, le seul manufacturier, le seul commerçant : il est logique qu'il devienne aussi le seul prêtre. La liberté de conscience serait donc nécessairement confisquée par le communisme comme toutes les autres libertés. Enfin, que ferait un état communiste à l'égard des autres étals dont il se verrait entouré ? Ceux qui veulent supprimer l'individualisme dans l'homme accepteraient-ils l'individualisme collectif comme nation ? Comment l'état, ce propriétaire unique, ferait-il respecter sa propriété à la frontière ? comment ce banquier unique ferait-il ses opérations de change et ce négociant unique ses opérations de commerce sur les marchés étrangers ? Un peuple communiste serait bientôt en désaccord avec tous les autres peuples et se verrait forcé de les conquérir, avec la chance d'être conquis par eux, grâces à son infériorité; car le niveau communiste aurait bientôt étouffé le patriotisme en étouffant l'esprit de famille, l'esprit militaire en décourageant l'émulation, etc.

Mais ces objections sont trop générales, nous devons l'avouer, pour qu'elles s'adressent à chaque secte communiste en particulier, et, Dieu merci, chacune a quelque variante dans sa formule, ce qui permet aux disciples d'Owen, de Saint-Simon et de Four. rier en France, comme aux chartistes en Angleterre, de nier qu'ils soient communistes. Il est vrai qu'il n'y a que le communisme proprement dit qui menace d'une propagation violente la famille et l'état. Les owenistes, les saint-simoniens, les fourriéristes se contentent de faire du prosélytisme plus ou moins attrayant ; ils pré

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chent et quétent, ressemblant en ceci aux fondateurs de couvents dans le vieux catholicisme et aux dissidents de l'anglicanisme. Tant qu'ils n'attaquent notre bourse et notre conscience que par la persuasion, ils en ont bien le droit. Le communisme proprement dit fait seul un appel direct aux mauvaises passions, en invoquant le droit révolutionnaire de reconstituer la société aux dépens de ceux qui possèdent et au bénéfice de ceux qu'ils prétendent être injustement dépossédés. « La propriété, c'est le vol; » cette dénonciation est plus dangereuse : un argument semblable n'est que trop bien compris de ceux que la hiérarchie sociale actuelle condamne comme poleurs lorsqu'ils oublient la distinction élémentaire du tien et da in

Parce que, grâces à la récente révolution de février, ce sont les communistes français qui ont tout à coup émis leur doctrine avec le plus d'audace et donné an signal d'insurrection aux communistes des autres pays, quelles que soient les dénominations diverses des sectes non françaises, il ne serait pas juste de renouveler la vieille accusation de l'Angleterre contre la France, que c'est sur cette terre impie et athée que naissent toutes les idées subversives de la société chrétienne. Dans le temps, il a été facilement répondu à cette accusation qu'elle pourrait être renvoyée plus justement à l'Angleterre. Les philosophes français du dernier siècle qui chantaient en chæur autour de Diderot :

Et des boyaux du dernier prêtre

Serrons le cou du dernier roi, n'étaient que les élèves des philosophes anglais, lesquels ne furent pas tous comme Hume à la fois monarchiques et athées. De même que l'échafaud de Charles ter avait précédé celui de Louis XVI, le cannibalisme et le matérialisme de certains jacobins de 1793, le sentimentalisme et la théophilanthropie de certains autres, ne furent qu'un plagiat des orgies du club de la Tête de reau, du dévergondage paien des ranters , des rêveries des millenaires et des saintes utopies des hommes de la cinquième monarchie, etc. (1). Aujourd'hui enCore certains communistes français qui croient continuer Babeuf traduisent sans le savoir peut-êlre les spencéens ou spensoniens.

(1) Ceci était écrit avant la discussion qui a eu lieu à la chambre des communes le 1er mai à propos de l’alien-billet où M. W.J. Fox, repoussant les nouvelles meSpence, le fondateur de cette secte , était un maitre d'école de Newcastle-upon-Tyne. Il émit ses premières idées de réformation sociale dès l'année 1775 dans une lecture faite devant un club littéraire de cette ville, et son mémoire ou essai lui valut d'en être expulsé. Il quitta Newcastle et son école sans qu'on sût pendant longtemps ce qu'il était devenu. « Depuis ce temps-là, dit-il, je n'ai cessé de publier mes opinions sous une forme ou une autre. » Ce réformateur, longtemps obscur, ou réduit (comme le fut Charles Fourrier en France) à la demi-notoriété d'une ville de province, prétendait rétablir l'harmonie universelle dans les langues comme dans les lois de l'univers. Il avait inventé un alphabet en même temps qu'une constitution. « Lorsque je commençai à étudier, dit-il, je trouvai que toute chose était foudée sur certains principes inaltérables : chaque science et chaque art forment un tout parfait. Il n'y a anarchie que dans la langue et la politique; mais j'ai tout ramené à l'ordre par un alphabet nouveau et une constitution nouvelle. » Southey, qui nous fournit ces détails, avait cherché en vain à se procurer cet alphabet, devenu une curiosité bibliographique, ainsi que la première édition de la constitution spencéenne, imprimée dans ce que l'ex-pédagogue appelait son orthographe naturelle ou philosophique. Dépouillée de cette orthographe et de ses locutions bizarres, peu à peu modifiées par la suite (comme la phraséologie de Fourrier a été un peu modifiée par ses continuateurs), la constitution de Spence est proposée d'abord comme une innocente utopie, une romanesque imitation de celle de Thomas Morus

sures réclamées contre les étrangers, a rappelé que la seule raison donnée par le cabinet whig était la peur des missionnaires républicains de la France. « Mais, a dit M. W. J. Fox, il faut chercher ailleurs le danger, s'il existe; si les principes républicains nous menacent, il faut plutôt armer notre législation contre les écrits des morts illustres de notre propre pays que contre les missionnaires vivants des pays étrangers. Les grands professeurs du républicanisme- si l'Angleterre pouvait recevoir des leçons de républicanisme - se trouveraient sur les rayons de nos bibliothèques : Milton, Sydney, Hampden, More et autres de date plus récente. Que si ceux-là en nous parlant dans notre langue maternelle et avec loute l'énergie et la beauté de cette langue, entourés d'ailleurs de toute la magie des souvenirs qui commandent notre respect et presque notre idolatrie,

que si ceux-là, disonsnous, ne nous font pas républicains,— où est le génie, où est l'éloquence, où est le talent persuasif parmi les Français ou les Allemands qui séduira les fidèles sujets de la reine de ce royaume ? etc. »

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