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loyauté sans laquelle il n'est pas de vrai patriotisme. Nous serions de ceux qui gémiraient les premiers d'une usurpation militaire. La gloire même d'un nouveau Napoléon ne l'absoudrait pas à nos yeux; mais nous aorons la franchise de proclamer que, depuis le commandant en chef jusqu'au dernier soldat, l'armée nous force aujourd'hui à l'admirer – à l'admirer, bien moins pour son courage que pour son dévouement à l'ordre public dans l'exercice du pouvoir, et pour la pratique de celle fraternité que nous n'avons pas trouvée dans ce prétendu peuple qui, naguère régnait sans gouverner; le peuple des manifestations de cent mille bommes, le penple des arbres de la liberté, criant des lampions, ou à bas les bonnets à poils ! et déjà plus fier de sa blouse que Diogène de son manteau rapiécé!

Loin de nous cependant la pensée d'un retour aristocratique ! Nous maintenons après comme avant notre manière d'entendre la fraternité : que la bourgeoisie dans les villes élargisse ses rangs afin que lous puissent y entrer, maîtres et ouvriers; que dans la campagne le paysan puisse devenir propriétaire; oui, que chacun puisse monter sans faire descendre personne; que l'état ouvre à tous le même chemin par une éducation facile, graluite même, et qu'à la classification haineuse de ( ceux qui possèdent et de ceux qui ne possèdent pas, » une légitime émulation substitue la distinction provisoire de « ceux qui possèdent et de ceux qui peuvent posséder (1). » Que les banques industrielles et les banques agricoles se fon lent pour encourager toutes les ambitions honnêtes; mais qu'on n'espère pas même dans cette régénération arriver jamais à une parfaite égalité. Le fils de l'ouvrier enrichi passera avant le fils du marquis sans patrimoine ou du banquier ruiné, car dans la démocratique république des Etats-Unis, il y a encore une hiérarchie sociale, une aristocratie sans titres, sans priviléges... mais une aristocratie. Nos socialistes malheureusement sont des utopistes et non des hommes politiques; et, osons le dire encore, nos démocrates, qui ont si souvent à la bouche les mots d'humanité et de fraternité, ont la plupart pris leur opinion républicaine dans les traditions haineuses du passé. Ils aiment bien moins les classes jusqu'ici inférieures qu'ils ne haïssent les classes supérieures : ils ont hérité des rancunes révolutionnaires contre la branche aidée transportées à la branche cadelte, contre l'aristocratie transportées à la bourgeoisie. Nous leur demanderions volontiers un peu plus de charité chrétienne et un peu moins de philan

(1) Nous ne pouvons qu'applaudir aux principes du projet de loi sur l'enseignement primaire, présenté à l'assemblée nationale le 30 juin par le ministre de l'instruction publique.

thropie philosophique. Quoique ces docteurs n'aient pas dans cette dernière révolution proscrit la religion, ils sont généralement des déistes, et nous en connaissons même un ou deux qui ont rêvé dans leur orgueil d'ètre le dieu de leurs adeptes. Les plus modestes ont voulu au moins se faire grands pontifes d'un culte nouveau de leur invention. Aussi voyez comme toutes les plus mauvaises passions se sont affiliées à leur révolte contre l'ordre social! Sans doute il y avait d'honnêtes fous et des aveugles égarés derrière les barricades de juin, mais combien de fous furieux, combien de forçats et de repris de justice sous le drapeau rouge de la république dite sociale, la plus anti-sociale des confédérations! C'est cette assimilation qui motive les rigueurs dont la représentation nationale arme aujourd'hui la justice. Espérons que les juges sauront distinguer entre le crime et l'erreur; mais les moins coupables ne pourront accuser que leurs chefs, et non la société, qui a le droit de repousser de son sein quiconque lui déclare la guerre.

Les journaux anglais, que les événements de juin ont peu surpris, sont tous d'accord pour séliciter la civilisation tout entière de l'issue de l'insurrection, « Quelque terrible qu'ait été, disent-ils, l'æuvre de destruction, le dénoûment eût été plus terrible par le triomphe d'un parti qui mettait au néant toute industrie et tout travail comme toute propriété et tout capital, les vainqueurs n'ayant plus d'autres moyens de survivre aux vaincus que par la tyrannie populaire et la spoliation. Ils n'eussent pas même été capables d'organiser cette tyrannie et ce pillage par un semblant de gouvernement. La France eût présenté le triste spectacle d'un pays qui, au plus haut degré du développement de son intelligence politique, élait rejeté tout à coup à l'état de barbarie, alors que chaque homme est tenté d'égorger son voisin de peur d'être égorgé. »

Le journal que nous citons justifie jusqu'à un certain point le gouvernement provisoire d'une insurrection qui était inévitable. Il rappelle que Lamartine a parfaitement réglé les rapports de la France avec les pays étrangers, et il espère que le général Cavaignac suivra cette politique. « Le général Cavaignac a montré un beau caractère. Toute sa conduite depuis février, y compris son premier refus d'ètre ministre jusqu'à ce qu'il pût espérer de faire partie d'un gouvernement capable de se faire respecter, annonce un mélange de prudence et de fernieté. Ses opérations militaires pour réduire l'insurrection annoncent une grande détermination; il a résolu le problème de venir à bout des barricades, et, ajoute le Daily News, il n'a pas craint de commencer comme Bonaparte en employant le canon contre Paris avec celte différence, loutefois, que Bonaparte fit contre la classe bourgeoise ce que le général Cavaignac a fait contre le peuple. » Nous voyons avec peine la presse anglaise accepter cette distinction révolutionnaire entre la bourgeois sie et le peuple : pour nous, le peuple, dans une république avec le suffrage universel , se compose de toutes les classes (puisqu'il y a encore des classes), groupées autour de l'assemblée nationale. Un ou deux quartiers de Paris, en les supposant peuplés d'une population homogène, ne sont pas tout le peuple de Paris, comme le peuple de tous les quartiers de Paris ne peut pas se proclamer emphatiquement le peuple français en opposition à tous les départements.

Lord Palmerston a répondu dans le parlement à l'insinuation de M. Flocon qui accusait l'or anglais d'avoir payé et excité l'insurrection de juin. Nous disons nous-mêmes ailleurs combien celle accusation nous a paru ridicule.

Dans un paragraphe de notre correspondance, il est fait allusion à la comėte de 1264, dont un astronome anglais prédit le retour en juillet 18-18, parce que ce mois-ci elle aura accompli pour la deuxième fois son évolution de deux cent quatre-vingt-douze années, ayant déjà reparu au bout de ce laps de temps en juillet 1556. Les auteurs contemporains remarquèrent que, pendant les quatre mois de son apparition, le pape Urbain fat malade et qu'il mourut la nuit même où elle cessa d’être visible. Mais ce n'est pas seulement le pape qui serait menacé par analogie en 1848. Roger Bacon (dont, par parenthèse, M. Cousin vient de découvrir et mettre en lumière une auvre inédite ), Roger Bacon, esprit supérieur, mais qui donnait un peu dans les spéculations astrologiques, prétend (opus. m., p. 4, p. 243, édit. 1733) : « que la comète de 1264 élant produite par la vertu de Mars (car en juillet 126 4 Mars étant dans le signe du Taureau et la comète se montrant au signe du Cancer, elle ne cessa de tendre vers sa cause génératrice comme l'aiguille lend au pôle), ladite comète est une comète guerrière qui menace le monde entier de discordes, de lumultes, de batailles, elc., etc. » Si la comèle reparait, nous voilà prévenus ; d'autant plus que mème avant qu'elle paraisse, son influence s'est fait déjà sentir, il nous semble, en février et en juin pour la France, en mars et les autres mois pour l'Allemagne, l'Italie, etc.

Les journaux anglais et les nôtres annoncent la première livraison d'une feuille hebdomadaire qui paraît en français à Londres, sous la

direction d'un M. Georges de Klindworth. Le bruit s'est répandu que M. Guizot était le principal rédacteur de ce journal politique, qui se pose comme une barrière contre loute idée de désordre et de révolution. C'est s'y prendre un peu tard. Les amis de M. Guizot nient qu'il soit pour rien dans cette publication, et nous en croyons ses amis plutôt que ses ennemis. Nous savons que cet homme d'état a déclaré que sa carrière politique était fermée. Il est revenu à ses travaux historiques, et s'occupe en ce moment de lerminer l'histoire de la révolution d'Angleterre. On a, dit-on, proposé à M. Guizot un chaire d'histoire à l'Université d'Oxford. Nous doutons que les statuts de cette Université rendent cette offre possible. Le fait est que si M. Guizot avait voulu faire des cours publics en Angleterre, plus d'une Société littéraire avait songė à s'approprier un tel professeur.

Il a paru à la librairie Guillaumin un choix de petits volumes et de brochures sur loutes les questions à l'ordre du jour. C'est d'abord une réfutation complète du système de Louis Blanc, par M. Léon Faucher : du système de Louis Blanc ou le travail, l'association et l'impol. Cette brochure survivra au système de l'organisation du travail, et espérons-le, aux maux que son auteur (l'auteur de la prétendue organisalion ) a causés à la France. Viennent à côté de ces pages pleines de sens, la Liberté du travail, discours d'ouverture de M. Michel Chevalier, qu'un nouvel ordre de choses rappellera !ôt ou tard dans sa chaire; Étude sur les profits et les salaires, par M. Joseph Garnier; - le Plan social et humanitaire, de M. J. I. B. Coulon; — Impôl sur les rentes, par L. Davesies, ancien sous-préfet (prix : 50 c.); - Organisation du travail agricole, par M. P. Soigneaux (prix : 25 C.); – du Trarail el de l'organisation des industries, par M. Victor Luro; – des Nouvelles idées de réforme industrielle, par M. A. Clément (prix : 25 c.); – Factieux ! factieux! par Victor Champhol ( prix : 25 c. ). Celle dernière brochure est passablement satirique : le style en est vif et piquant.

RÉCLAMATION.

Paris, le 22 juin 1848.

« Monsieur le Directeur de la Revue BRITANNIQUE à Paris, » Votre numéro du mois d'avril dernier contient, sous le titre : les Condollieri modernes, un article reproduit d'une Revue anglaise. Cet article repferme de nombreuses et graves erreurs, que nous devons attribuer à l'ignorance, sinon à la malveillance de son auteur.

» On y altaque par de viles calomnies l'honneur de la légion étrangère, passée au service de l'Espagne, et notamment l'honorable général Bernelle, qui l'a commandée avec tant de distinction, et sous les ordres duquel nous avons eu l'honneur de servir dans ce corps.

» Il est de notre devoir de réfuter toutes les allégations mensongères contenues dans cet article, et c'est ce que mes anciens frères d'armes, résidant à Paris, et moi, nous nous proposons de faire; mais voulant donner à notre résulation toute l'authenticité désirable, en l'appuyant de la production ou de l'extrait des pièces originales justificatives, le temps ne nous permet pas de pouvoir vous donner ce travail avant la mise sous presse de votre prochain numéro.

» En attendant la publication du numéro suivant, veuillez, monsieur le Directeur, accueillir la présente déclaration.

Nous vous prions d'agréer l'assurance de notre parfaite considé ration.

» COUSANDIER,
» Ancien major de la légion étrangère,
» Délégué de quinze officiers de divers grades,

et sous-officiers de l'ex-légion étrangère, résidant à Paris. »

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