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gouvernement décréta qu'il aurait un costume, dont la pièce essentielle serait le gilet à la Robespierre! Håtons-nous d'ajouter que les représentants du peuple, comprenant la puérilité du décret et l'importance du symbole, car le gilet à la Robespierre s'appelle aussi le gilet à la guillotine, regardèrent le décret comme non avenu. Un seul d'entre eux, le célèbre édile de la révolution de février, le citoyen Caussidière, parut en gilet à revers. — Ahl que la république y prenne garde : - si elle brusque un peu trop vivement certaines péripéties, à côté de ceux qui croient pouvoir impunément singer Robespierre, il en est qui déjà singeraient volontiers Napoléon. Elle a conservé sur ses insignes le coq gaulois : il est des imaginations qui trouvent déjà que c'est un oiseau trop bourgeois, et qui appellent l'aigle. Malheureusement il est aussi facile de parodier l'empereur avec un petit chapeau et une redingote grise que le dictateur terroriste avec un gilet.

» Loin de nous la pensée de proscrire tous les signes et toutes les devises de la première république, surtout les trois mots sacramentels, Liberté, Egalité et Fraternité, s'il sont bien expliqués et bien compris, sans qu'on y ajoute, comme en 1793, ou la mort. Mars, sous le rapport de l'art, ces trois mots ont été singulièrement symbolysés sur les nouvelles monnaies. Que signifie Hercule, le dieu des forts, entre ces deux déesses, si ce sont des déesses ? Jusqu'ici la république n'a guère fait preuve de force, et les travaux des ateliers nationaux n'équivalent pas, hélas! à un seul des douze travaux....

» Le concours pour une figure nouvelle de la liberté a malheureusement prouvé que les artistes n'avaient pas encore trouvé un type digne de cette abstraction, qui jusqu'à présent a été d'ailleurs aussi mal définie que ses sæurs, l'Egalité et la Fraternité. Les artistes ont-ils été éblouis comme tout le monde

rayonnement subit du soleil républicain ? Espérons que pour eux comme pour tout le monde, ce soleil ne sera pas un soleil factice et éclairera l'humanité d'une féconde lumière. C'est d'un bon augure que le bon sens populaire ait déjà fait justice de quelques-uns de ces prétendus astres de l'ère nouvelle, qui n'ont pas même eu l'éclat que jettent sur leur passage les météores irréguliers. Arago lui-même, leur collègue, n'a pu les faire entrer dans la classification astronomique, car ils se sont éteints au milieu de leur propre fumée,

par le

comme ces lampions qui ont joué un rôle si brillant pendant quelques semaines, mais à qui les bons bourgeois de Paris doivent pardonner les insomnies qu'ils leur ont causées, car ce sont peut-être ces soleils de suif qui ont détourné les éclaireurs démagogues de la tradition des lanternes de la première révolution.».

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Il n'entre pas dans notre cadre de citer longuement un autre article du même Magazine sur la politique générale de l'Europe, à propos des événements d'Italie. Les Revues trimestrielles vont sans doute traiter cette question. Nous ferons seulement remarquer en passant que l'esprit presbytérien n'a pas déserté l'Écosse : le Blackwood Edinburgh Magazine désespère toujours de la liberté en Italie : savez-vous pourquoi ? Vainement le pape est aujourd'hui aussi libéral à Rome que le chef de la libre Eglise à Édimbourg: Il ne s'est pas encore fait protestanti Italy can have but one charter the Bible. « L'Italie ne peut avoir qu'une seule charte, la Bible! »

Heareusement tout est possible, comme disait le conseiller Stryk, dont plus d'un Magazine, ce mois-ci, semble affecter, avec intention, de raconter les aventures empruntées au romancier Zschoke. C'est une bonne histoire pour ceux qui, à chaque révolulion, perdent le courage, l'espoir, et surtout perdent leur place. Le conseiller Stryk avait débuté dans la vie avec toute la bonhomie d'un optimiste du Rhin allemand. Il avait un ami, le meilleur des amis, une maitresse, la plus fidèle des maitresses. Une somme importante lui est léguée à Amsterdam. Il charge son son ami d'aller la toucher pour lui : son ami la touche et disparait. Stryk court après son ami, et pendant ce temps-là sa maitresse, qui apprend qu'il est ruiné, épouse son rival. Est-ce possible? s'écrie deux fois de suite l'ami et l'amant trahi. Obligé de se répondre c'est possible, il applique désormais cette réponse à toutes les éventualités de ce bas monde. La révolution française, celle de l'autre siècle, éclate. Les Français renonceront-ils à leur vieille monarchie? demandet-on devant Stryk : C'est possible, répond celui-ci. Et pensez-vous, dit l'Électeur du cercle où habite Stryk, que mes sujets suivront jamais un si fatal exemple : C'est possible, répond Stryk, qui est disgracié pour avoir douté de la fidélité des sujets de son prince. Les démocrates français passent le Rhin; Stryk, victime la veille, est élevé à un haut poste officiel; mais quelque temps après, un

commissaire de la république demande à Stryk si un homme raisonnable peut admettre le rétablissement de la forme monarchique : C'est possible, dit encore le conseiller, qui perd de nouveau ses fonctions jusqu'à ce que Napoléon ayant fondé l'empire et relevé des trônes sur la route de ses conquêtes, Stryk devint premier ministre d'un des rois de la fournée impériale. L'heure des revers sonne pour l'empire : mais l'empereur peut-il être vaincu? demande le souverain de Stryk ? C'est possible. Nouvelle disgrâce. Les princes. légitimes reparaissent en Allemagne et ailleurs. Stryk est regardé comme un prophète qui a tout prévo, parce que tout lui a semblé possible. Les honneurs le recherchent. C'est un Talleyrand au petit pied. «Croyez-vous, lui demandait-on il y a quelques années, que la face de l'Europe puisse encore subir de nouvelles transformations? » C'est possible, répondit le conseiller Stryk, qui serait encore aujourd'hui un prophète, sur les deux rives du Rhin, s'il n'était mort entre la révolution de 1830 et celles qui commencent en l'an de grâce 1818.

Il était un apologue que le conseiller Stryk citait souvent, et il l'avait lu dans le Spectateur d'Addisons. « Le sultan d'Égypte, disait-il, était un esprit fort, qui riait du voyage aérien que fit un. jour Mahomet, voyage pendant lequel il se passa des événements innombrables, en un si court espace de temps qu'à son retour le prophète retrouva son lit encore chaud, et releva, une cruche qui n'avait pas encore vidé tout son conteno, quoique renversée au moment où l'ange Gabriel avait pris Mahometsous son aile. Underviche qui avait la réputation de faire des miracles, entreprit de guérir le sultan de son incrédulité, et en présence de toute sa cour il lui dit de plonger seulement la tête dans une cuve pleine d'eau, en la retirant à l'instant même. A peine le sultan avait-il obéi au saint homme, qu'il se trouvait au pied d'une montagne sur le bord de la mer, à cent mille lieues de ses états. Jugez de sa surprise! si le perfide derviche l'avait trahi par un tour de sorcier; mais il eut beau le maudire, il fallut se soumettre à son sort.... Où aller? II aperçoit quelques bûcherons à qui il demande le chemin de la ville la plus voisine et s'y rend. Là, après une foule d'aventures, il se marie. Sa femme est belle : cela le console, et il fait assez bont ménage pour se voir père de quatorze enfants. Hélas!. il n'avait plus les impôts de son royaume pour nourrir une sii nombreuse

famille, et il tombe dans une telle indigence, que pour ne pas mourir de faim il se fait porteur d'eau. Il se rappelle alors son incrédulité; il lui attribue ses malheurs et sa dégradation, s'en repent, et quoique dans un pays païen, il fait vau à Mahomet de vivre désormais en dévot musulman. Dans cet accès de dévotion, il se trouve si mal wêtu et si sale, qu'il comprend doublement le besoin de faire précéder sa prière de l’ablution ordonnée par l'Alcoran : il remplit un de ses seaux et y plonge la tête... O merveillel en la retirant après le premier plongeon, c'est devant toute sa cour qu'il est revenu, ou plutôt il n'a pas quitté son palais. Le seau du sultan porteur d'eau était la cuve du derviche. Le conseiller Stryk prétendait à l'âge de quatre-vingts ans, après une vie pleine de vicissitudes , qu'il n'avait fait qu'un rêve de quelques

heures. »

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Miscellanées.

LA FAMILLE CAXTON.

TROISIÈME PARTIE (1).

CHAPITRE PREMIER.

Ce fut l'après-midi d'un beau jour de l'été que la voiture me déposa à la porte de mon père. Mrs Primmins en personne accourut pour me recevoir, et j'échappais à la chaleureuse étreinte de sa main amie lorsque parut ma mère, qui m'ouvrait ses bras.

Aussitôt que la plus tendre des mères se fut convaincue que je ne mourais pas de faim, attendu qu'il n'y avait guère que deux beures que j'avais dîné chez le docteur Herman, elle me conduisit sans bruit à travers le jardin sous un berceau qui servait de salle à manger champêtre. « Vous trouverez votre père si gai! me ditelle en essuyant une larme : son frère est avec lui. »

Je m'arrêtai. Son frère! Le lecteur le croira-t-il? Je n'avais jamais entendu dire que mon père eût un frère, tant on discutait rarement devant moi les affaires de famille.

« Son frère ? » demandai-je. Ai-je donc un oncle Caxton aussi bien qu'un oncle Jack ?

-Oui, mon cher enfant, répondit ma mère ; et elle ajouta : Votre père et lui n'étaient pas aussi bons amis qu'ils auraient dû l'ètre; et puis le capitaine a vécu à l'étranger. Cependant, Dieu merci, les voilà tout à fait réconciliés. »

Nous n'aurions pas eu le temps d'en dire davantage. Nous étions près du berceau. C'était là que la table avait été mise ; on venait de servir des fruits et du vin. Les convives étaient au dessert.

(1) Voir la Revue Britannique, livraisons d'avril et de mai, pour les 1re et 2e parties.

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