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pagnons un petit basset répondant au nom de Fig, et une vieille chienne d'arrêt baptisée par moi du nom de l'illustre épouse du roi Achab. Nous étions tous de bonne humeur; la beauté du ciel, la richesse des points de vue si divers qui se déroulaient incessamment sous nos yeux, les bruits harmonieux de cette nature en apparence inanimée, et plus encore l'espoir d'une chasse excellente, doublaient à chaque pas notre ardeur. Au bout de deux jours de marche nous arrivâmes dans le voisinage du lac vers lequel nous nous dirigions. Le pays était plat, les bords du lac étaient garnis de roseaux d'une grande bauteur, et qui nous dérobaient la vue des eaux. Nous ne perdimes pas une minute pour nous préparer à l'action; car derrière les roseaux notre bonne fortune nous réservait certainement une armée d'oiseaux aquatiques arrêtés, en ce moment, par la chaleur du jour, et qui jouissaient dans cette solitude de la plus complète sécurité.

Il faut avoir les passions du chasseur pour comprendre tout ce qu'il y a d'entente cordiale et de tendre affection entre le chien de chasse et son maitre. Comme, à la rigueur, il est possible que ces passions ne soient pas celles du plus grand nombre de mes lecteurs, je leur fais grâce du dialogue qui s'établit alors entre mon chien Fig et moi; je ne répéterai pas ici tout ce que je lui adressais de paroles caressantes ou impératives, pour modérer son ardeur, et le forcer d'attendre le signal de mon coup de fusil. Le pauvre chien me répondait du regard le plus intelligent, et dans lequel se peignait la plus vive impatience.

J'avais laissé momentanément mon jeune compagnon avec les chiens, et je commençais à m'approcher seul du lac, lorsque, par une exclamation à demi comprimée, il me fit tourner la tête. Je le vis alors rampant à terre, et regardant en l'air, comme pour guetter le gibier sans se faire voir : je pris, pour m'avancer, les mêmes précautions que lui; je regardais dans la même direction, et j'aperçus trois oiseaux de haute taille, qui s'avançaient lentement vers le point où nous étions cachés. Ces oiseaux étaient beaucoup plus grands que des oies, noirs de plumage, avec les ailes blanches, et nageaient lourdement. J'osais à peine respirer, tant était grande mon impatience à leur approche. Les chiens étaient silencieux, aussi bien que l'enfant que j'avais chargé de les tenir en laisse; bêtes et gens semblaient également comprendre

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la gravité de cet instant solennel. Les oiseaux continuèrent d'avancer lentement de notre côté ; puis, ils firent un mouvement å droite, tournèrent quelques instants sur eux-mêmes, et s'arrêtėrent enfin au milieu du lac.

Je me mis à ramper, à mon 'tour, sans craindre de m'enfoncer jusque par-dessus la cheville dans une boue 'humide : avec quelle impatience, et cependant avec quelle précaution j'écartai l'obstacle de ces roseaux, qui dépassaient ma tête de plus de trois pieds, et dont le bruit menaçait de trahir, à chaque instant, ma présence ! J'étais enfin au bord d'un lac de plusieurs acres d'étendue: vis-à-vis de moi trois cygnes noirs nageaient majestueusement, et plongeaient leur beau col dans une eau merveilleusement transparente. Mes yeux avaient peine à se détacher de ce spectacle; et cependant mon ardent amour pour la chasse était encore surexcité par la vue d'une innombrable multitude de canards, placés, en quelque sorte, par le hasard au bout de mon fusil : toute cette armée prit, en masse, son vol au-dessus du lac, dès qu'elle découvrit le danger qui la menaçait.

Jamais, en effet, armée si nombreuse n'avait frappé mes regards : dans mon étonnement je perdis toute idée d'inquiéter la Tetraite ; et l'ennemi, après avoir poussé quelques cris d'alarme, disparut bientôt entièrement au-dessus des arbres qui bordaient le lac de tous côtés.

Les cygnes parurent pendant quelques minutes partager l'effroi général; puis l'un des trois tenta faiblement de s'envoler : après avoir effleuré l'eau durant quelques secondes, et s'être ainsi éloigné à une certaine distance, il se remit à nager, et ses compagnons allèrent le rejoindre. Je fis également retraite; puis, sortant de la fange pour regagner la terre ferme, je prescrivis à l'enfant de ne pas bouger, et je courus, en hâte, de l'autre côté du lac. Je pénétrai dans les roseaux avec plus de précautions encore qu'auparavant, et je découvris alors, à peu de distance du rivage, deut de mes cygnes, qui mettaient à la pêche autant d'ardeur que j'en apportais moi-même à la chasse. Que pouvait être devenu le troisième ? Je l'aperçus bientôt plus près du bord que les deux autres, et tout à fait à ma portée : quel beau coup de fusil ! En joue! feu! Les eaux du lac tressaillent au bruit de ma détonation : le cygne tente de s'envoler : il ne peut y réussir; une de ses ailes est

brisée : «Hourah! hourah! vite, Jonathan ! Toby! (mon Dieu b comment vous nommez-vous ?) Vite ! anienez ici les chiens; le Cygne est blessé! - Fig! Fig! Ah! te voilà, mon petit chien Allons, c'est à ton tour maintenant..... Voilà le cygne ! »

Fig ne se fait pas prier; il pousse un cri de joie, et s'élance à travers les roseaux : l'eau, qu'il fend à grande peine, entre dans sa gueule entr'ouverte, et l'étouffe à moitié ; mais peu lui importe. Il secoue son museau, tout en nageant; il aboie de plaisir et d'impatience, et va droit au cygne, qui s'avance lentement vers le milieu du lac : ses deux compagnons l'abandonnent à sa destinée: Nous-mêmes, nous ne craignons pas de nous avancer un peu dans l'eau, pour suivre de plus près la chasse.

L'illustre Jézabel, dont l'ardeur naturelle était encore excitée par nos cris, et par le fracas de ma mousqueterie, ne pouvait rien voir de ce qui se passait sur le lac; mais, la gueule ouverte, la queue en l'air, elle galopait de tous côtés, et franchissant les troncs et les branches d'arbres brisés, elle réveillait, de sa forte voix, l'écho étonné des bois. Quelquefois, pour prendre plus activement part à la poursuite, elle tentait de plonger aussi dans le lac, tout en nous éclaboussant des pieds à la tête ; mais la fraîcheur de l'eau refroidissait bientôt son ardeur, et elle regagnait alors promptement le bord.

« Bien, mon petit Fig! courage, mon bon chien ! Au cygne l aw cygne ! Mords-le !... Ah! mon pauvre chien, tu reçois un coup d'aile sur la tête! peu importe... Allons, couragel »

Et le brave Fig ne cessait de poursuivre, en aboyant, le cygne, qui continuait de s'éloigner en nageant.

Sans la blessure grave qu'il avait reçue, le noble oiseau aurait certainement défié tous les efforts de mon petit basset; mais, dans Yétat où il était, il ne pouvait échapper, un moment, à la pour suite de son ennemi qu'à l'aide d'un violent effort, qui épuisait le beste de ses forces. Les deux combattants approchaient sensiblehent du rivage; serré de près, le cygne se défend mieux encore, et assène au chien un vigoureux coup de bec.

Ce diable de Fig n'était pas moins adroit que courageux ; il réim pond au coup de bec par un coup de dents, blesse, de nouveau, l'aile de son ennemi, et se retourne en nous montrant sa gueule toute emplumée. Victoire passagère ! car il reçoit, à l'instant même, sur le museau un terrible coup d'aile, qui le repousse en arrière, et lui arrache des cris plaintifs : « Bravo, mon petit Fig! bon chien... Courage!... Au cygne! au cygne! Mords-le encore une fois ! » Maitre Fig, averti maintenant par les coups qu'il a reçus, met plus de prudence dans sa tactique, et ne s'attache plus qu'à l'aile déjà brisée. C'était un noble combat, dans lequel le cygne aurait définitivement triomphe du chien, s'il n'eût été, de plus en plus, affaibli par le sang qui coulait abondamment de sa blessure.

Cependant il soutenait toujours bravement le combat; mais chaque fois qu'il manquait son adversaire, son bec restait quelques instants plongé dans l'eau : on eût dit qu'il n'avait plus la force de relever la tête ; plus il s'affaiblissait, plus le chien redoublait d'audace et d'énergie dans ses attaques : enfin il le saisit vigoureusement par le cou, et malgré sa résistance, malgré ses violents coup d'aile, il commence à l'entraîner vers le rivage. Nous nous précipitons à sa rencontre, pour l'aider dans cette entreprise. Jézabel se jette la première dans le lac ; elle saisit de sa robuste mâchoire le bout de l'aile à demi brisée, et entraine ensemble à travers les roseaux jusqu'au bord le cygne et le chien, qui serait plutôt mort que d'abandonner à un autre le trophée de sa victoire.

Le cygne était agonisant : le brave Fig resta quelque temps étendu sur le sable, la gueule béante, remuant la quene, et regardant son maitre, comme pour lui demander s'il était content de lui : «Oui, mon bon chien, lui dis-je, tu t'es noblement conduit: tiens, voilà le morceau de pain que je m'étais réservé. Un coup d'eau-de-vie, voilà ce qu'il me faut, en ce moment; et maintenant retournons à la maison, pour montrer à nos amis les dépouilles opimes que nous devons à ton courage.»

Quant au bel oiseau, son trépas, contre toutes les règles de la poésie, n'eut rien d'harmonieux : il n'exhala point son dernier soupir en musique, ainsi que faisaient, aux temps héroïques, ses glorieur ancêtres. Après s'être défendu comme un boule-dogue des temps modernes, il fut prosaïquement mis à la broche, et mangé de grand appétit. Un cygne noir, c'est presque un merle blanc. La rareté d'un tel gibier, la peine que j'avais eue à l'abattre, ne rendaient pas sa chair moins coriace; mais elle lui donnait toute la délicatesse d'une de nos belles oies grasses de la nuit de Noël. Un esprit froid, un palais tant soit peu difficile l'eussent assurément trouvé beaucoup moins tendre; l'amour de la chasse et l'ivresse du succès peuvent seuls expliquer de telles illusions.

Si vives que soient les jouissances du sport, mes frères et moi cependant nous n'avions pas quitté notre patrie, nous n'étions pas venus à l'autre bout du monde pour le plaisir de mettre à mort tous les cygnes noirs que le hasard amènerait à la portée de nos fusils. Notre but était plus sérieux : nous voulions obtenir une concession de terre, élever des bestiaux, saisir tous les moyens de nous rendre utiles, et d'acquérir quelque influence sur la société nouvelle dans laquelle nous étions destinés à vivre. A défaut de concession, notre première pensée fut de chercher un établissement agricole, déjà suffisamment en rapport, et auquel nous pussions appliquer nos études et notre expérience spéciales. Dans ce but, un de mes frères et moi, nous achetāmes, un beau matin, deux vigoureux petits chevaux pour nous rendre à Perth, ville bien bâtie, véritablement confortable, qui est le siège du gouvernement de la colonie. Je ne raconterai point ici quelques aventures, assez curieuses pour nous, mais qui seraient insipides pour le lecteur. Il me suffira de dire que notre voyage à Perth nous mit en contact avec un jury colonial. Après l'avoir vu fonctionner, je n'ai qu'un vou à faire, c'est que ma destinée ne me rende jamais justiciable d'un tel tribunal.

Nous consacrâmes quelque temps à explorer le pays environnant, et je me décidai, avec mes frères, à louer une ferme d'enviton 300 acres, dans le voisinage d’York; cette ferme comprenait une maison d'habitation très-logeable, et tous les bâtiments extérieurs les mieux disposés pour une grande exploitation agricole. Il fallait s'y établir promptement, y transporter, avec nous, nos gens et notre matériel : nous résolûmes de faire au moins une partie du trajet par eau.

Dans tous les pays du monde, les bateliers n'ont pas la réputation de faire généralement les choses à bon marché : les bateliers, en Australie, ne font pas exception à cette règle universelle. Nous primes donc le parti de ne pas emprunter leurs services, et, comme on dit dans la langue bourgeoise, de faire nous-mêmes notre déménagement. Un de nos amis nous prêta un bateau de pêche, et nons fûmes bientôt prêts à partir, pour procéder à la première installation de tout notre attirail dans la nouvelle résidence que 6° SÉRIE.

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TOME XV.

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