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prébendaire d'Hauscombe, qui, écrivant à son ami au sujet de la signature des Trente-Neuf Articles, condition sine qua non de l'obtention de son bénéfice, s'exprimait ainsi : « Puisque je consens à acquiescer au mal, je ne serai pas faché de goûter un peu du bien, et d'obtenir ainsi quelque compensation pour ce vilain assentiment et consentement qu'aucun homme de sens ne peut approuver. » Lettres de lady Hervey, p. 61. Il est probable que si la reine Caroline et lord Hervey avaient vécu, le docteur Middleton n'en aurait pas moins signé de nouveau en temps opportun les mêmes articles comme évêque élu.

Il nous semble que nous avons déjà consacré bien de l'espace aux Mémoires de lord Hervey; sans cela nous en extrairions encore quelques portraits secondaires; par exemple, ceux du président de la chambre des communes Onslow, de sir Josephe Jekyll, du duc d'Argyle et de son frère Islay; tous sont peints sans la moindre exagération. Il n'en est pas de même du portrait de lord Chesterfield. Le peu de cas que lord Hervey et sir Horace Walpole paraissent faire de son mérite ne laisse pas d'étonner. Il est vrai que Hervey n'avait jamais lu les écrits sur lesquels repose principalement la renommée de ce gentilhomme; mais il avait entendu les discours dont nous n'avons qu'un pauvre compte-rendu ; et Horace Walpole lui-même convient que ce « héros de ruelle » avait prononcé le meilleur discours qu'il lui eût été donné d'entendre; il avait pourtant entendu son propre père, Pulteney et Chatam! Walpole avait d'ailleurs accès à la plupart des sources où nous puisons. Nous croyons que ces deux faciles esprits sentaient leur faiblesse en présence de lord Chesterfield et lui en gardaient rancune. Il suffit de comparer la plus brillante page de lord Hervey ou d'Horace Walpole à la première page venue de Chesterfield, pour sentir immédiatement l'immense supériorité de cette intelligence étendue, solide, bien équilibrée, pour qui l'esprit n'était qu'un instrument secondaire.

Un point plus embarrassant encore dans les Mémoires de Walpole et d'Hervey, c'est le fréquent retour des allusions les plus méprisantes à l'extérieur personnel de Chesterfield. Tous les portraits que nous avons de lui, et nous en avons de sa jeunesse, son âge mûr, de sa vieillesse, et même de sa décrépitude, par

des peintres des écoles les plus opposées, depuis Rosalba jusqu'à

de

Gainsborough, tous ces portraits lui donnent une physionomie singulièrement expressive et belle; dans tous l'identité des traits est conservée. En faisant la part la plus large possible au besoin de flatter qu'éprouvent généralement les artistes et à la mauvaise humeur de lord Hervey, il est pourtant difficile d'expliquer un aussi violent contraste que celui de la description qu'on va lire avec toute une galerie de portraits du même homme. Écoutons lord Hervey :

« Avec un physique aussi désagréable que possible, à moins d'être difforme, lord Chesterfield affectait de poursuivre un grand nombre de femmes de la première beauté et les plus à la mode. Il était très-petit, mal proportionné, gros et lourdement bâti. Il avait la figure large et laide, des traits durs, des dents noires, une tête assez grosse pour un Polyphème. Ben Ashurst lui dit un jour qu'il avait l'air d'un géant noué. »

Hervey prête le même langage méprisant à Georges II, qui était lui-même de très-petite stature. Le sujet de la conversation, rapportée dans le 2° vol. p. 360, était un mot de lord Carteret, qui avait dit à la reine (peu de temps avant sa dernière maladie) qu'il avait travaillé le matin même à sa renommée.

« Oui, s'écria le roi, je suis certain qu'il vous peindra sous de belles couleurs, ce sale menteur! (Dirty liar.) – Pourquoi pas ? répondit la reine. On tire quelquefois de bonnes choses de l'ordure. J'ai mangé d'excellentes asperges sorties du fumier. » Lord Hervey dit à son tour qu'il connaissait trois personnes en train d'écrire l'histoire de Sa Majesté, lesquelles ne pouvant rien connaître des secrets du palais , n'en auraient pas moins la prétention d'en faire la longue et minutieuse anatomie. «Vous voulez parler sans doute, interrompit le roi, des lords Bolingbroke, Chesterfield et Carteret. Il y aura autant de vérité dans tous les trois que dans les Mille et Une Nuits. J'aimerais pourtant assez à lire Bolingbroke. De tous les vauriens et les coquins qui mentent contre moi depuis dix ans, c'est bien certainement le plus capable et le plus instruit. C'est un drôle aussi , mais un drôle d'un ordre plus élevé que Chesterfield. Chesterfield est un petit vaurien de salon, qui débite de petits mensonges de femme pour jeter le trouble dans les familles, et qui essaie d'enlever leur réputation aux dames et de les faire battre par leurs maris, sans autre but que de se donner des airs, comme si l'on pouvait jamais supposer qu'une femme ait un caprice pour ce singe-nain (dwarf-baboon). »

M. Croker fait observer que Bolingbroke n'a jamais écrit de mé moires; que ceux de Carteret, s'ils ont jamais existé, ont péri, et que Chesterfield ne nous a rien laissé en ce genre, sauf un petit nombre de portraits , entre autres ceux de Georges II et de la reine, tracés avec une admirable impartialité, sans doute dans sa vieillesse. Il est assez curieux , ajoute-t-il, de voir trois prétendus livres de mémoires qui n'existent pas, ainsi critiqués d'avance par l'homme même qui travaillait à donner à Leurs Majestés une renommée dont elles ne se seraient guère souciées, si elles avaient pu être dans le secret de l'avenir.

Qui aurait cru, il y a un siècle, que la postérité en serait réduite à juger la société et la politique intime de Georges Il sur les données d'un Horace Walpole et d'un Sporus-Hervey ? Peut-on deviner aujourd'hui quelles seront en 1948 les autorités qu'on consultera pour apprécier les personnes et les choses de notre temps, pour connaître le dessous des cartes de la cour de Guillaume ser et de la reine Victoria ? Quelque lion peut-être, quelque bel esprit de club, habitué de la Comédie-Française, à qui notre lady Mary Wortley, si nous en avions une, dirait aujourd'hui ce que disait la célèbre bas-bleu au vice-chambellan Hervey:

Put on white gloves, and lead folks out
For that is your affair.....

Mettez vos gants blancs",
Et conduisez les gens ,
Car c'est là votre affaire.

(Quarterly Review.)

Voyages. — Aventures.

Sport.

LE BUSHMAN (1).

Au printemps de 1841, les médecins m'ordonnèrent de chercher, pour quelque temps, dans l'intérêt de ma santé, un climat plus doux que celui de la Grande-Bretagne. J'ai naturellement du goût pour les voyages; l'ordonnance me parut donc bonne à suivre, et je n'hésitai pas à m'embarquer pour l'Australie occidentale, en compagnie de mes deux frères, gens aussi résolus que moi, et comme moi chercheurs d'aventures. Ils n'étaient rien moins qu'éloignés de s'établir tout à fait dans la colonie, si le pays se trouvait à leur convenance. Avant le départ ils s'étaient abondamment pourvus de tout ce qui pourrait leur être de première utilité dans læuvre projetée de colonisation : les choses même moins essentielles à la vie nouvelle que nous embrassions ne nous manquaient pas. Notre traversée dura quatre mois; la monotonie de tant de longues journées passées à bord d'un étroit bâtiment ne fut in

(1) NOTE DU RÉDACTEUR. Le volume publié récemment par M. Landor, sur l'Australie occidentale, a eu beaucoup de succès en Angleterre ; c'est un livre à la fois instructif et amusant. Il ne faut pas demander à M. Landor de minutieur détails sur l'état politique et social de cette importante colonie. Son livre n'est, à vrai dire, qu'une suite d'ébauches vigoureusement accusées ; et le tableau qu'il nous donne de la vie qu'on mène généralement aux antipodes, prém sente tous les caractères de la vérité. M. Landor est évidemment iné colon ; il a l'esprit aventureur; .le sentiment du comique et même du grotesque, qui domine son caractère, le rend propre à ne trouver que plaisir et gaieté là où d'autres ne Tencontreraient qu'ennui et tristesse. C'est avant tout un grand chasseur, et par occasion une espèce de philosophe ; mais nous aimons moins en lui le philosophe que le chasseur. 'Simple, dénué d'élégance, un peu rude parfois, son style va cependant droit au but ; en somme, c'est un écrivain qui captive et entralne généralement avec lui son lecteur; on en jugera par les pages qui suivent.

terrompue que par une révolte de l'équipage. Nous arrivâmes enfin à l'ile de Rottnest, située à seize milles de l'embouchure de Swan River, où le gouvernement anglais a fondé un établissement pénitentiaire; bientôt après le pilote du bâtiment nous transporta, en remontant le fleuve, jusqu'à Fremantle.

Quiconque se voue aux travaux de la colonisation dans un pays nouveau, apprend bientôt à donner au mot confortable un tout autre sens, une toute autre portée que dans la vieille Angleterre, ou même qu'en France, où ce mot a maintenant acquis droit ce cité. Mes frères et moi, par exemple, nous nous estimions trèsheureux de partager avec nos domestiques et nos chiens une grande chambre, dans une maison inachevée, à un demi-mille de Fremantle. Cette pièce n'était éclairée que par une fenêtre, dont les vitres étaient presque toutes cassées; c'était à la fois notre cuisine, notre salle à manger, notre dortoir. J'aurais mauvaise grâce à dire que nos repas et notre sommeil, ces deux grandes nécessités de la vie matérielle, ne laissassent rien à désirer; mais le sommeil était préparé par la fatigue, le repas assaisonné par la bonne humeur.

Je suis né chasseur : dès que j'eus établi une certaine apparence d'ordre dans mes arrangements intérieurs, je revins à mon fusil, et donnai immédiatement un libre cours à mes fantaisies meurtrières. Dans une situation telle que la mienne, rien ne rend plus sensible le changement de climat, de vie et d'habitudes, que l'aspect tout différent du règne animal et végétal dans le pays où l'on arrive, comparativement à celui qu'on vient de quitter. Tout un monde d'êtres nouveaux s'offrait inopinément à mes yeux; à chaque pas, je rencontrais une multitude d'animaux très-rares, et conservés avec le plus grand soin en Angleterre. Sous le ciel de l'Australie, rien de plus vulgaire que toutes ces espèces aristocratiques auxquelles nos naturalistes attachent un si grand prix. Mes regards s'arrêtaient d'abord avec une curiosité enfantine sur cette immense variété d'oiseaux au riche plumage; toutefois mon étonnement s'affaiblit peu à peu, et l'instinct du chasseur me tira de l'admiration contemplative.

Par une belle matinée, vers la fin de l'hiver australien, je partis un jour, guidé par le jeune fils d'un de mes voisins. J'étais abondamment pourvu de munitions de tout genre ; j'avais pour com

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