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le trait lancé par Pope, dans le dernier tribut qu'il rendit à sa mémoire. Les italiques sont du poëte lui-même.

Hang the sad verse on Carolina's urn,
And hail her passage to the realms of rest
All parts perform'd, and all her children blest (1).

Les adieux particuliers de la reine au roi sont certainement une des plus étranges choses contenues dans les Mémoires d'Hervey :

a Il n'est pas nécessaire d'examiner si le raisonnement de la reine était bon ou mauvais, lorsqu'elle désirait qu'après sa mort le roi se remariât. Tel était très-certainement son désir. Bien souvent elle l'avait dit en sa présence et hors de sa présence, lorsqu'elle était en bonne santé, et maintenant encore elle le lui répétait à son lit de mort comme un dernier avis. En entendant ces paroles, les sanglots du roi éclatérent, ses pleurs coulèrent avec une double violence. Au milieu d’une si profonde douleur, essuyant tout à coup ses yeux et sanglotant entre chaque mot, il parvint à tirer de sa poitrine cette réponse : « Non, j'aurai des maîtresses ! – Ah! mon Dieu, cela n'empêche pas, » répliqua la reine. Je sais qu'on ne voudra pas croire à cet épisode, mais il est vrai : c'est à la lettre, comme je le dis. »

« La reine dit ensuite qu'elle ne croyait pas mourir avant mercredi, vu qu'elle était née un mercredi, qu'elle s'était mariée un mercredi, et qu'elle était accouchée de son premier enfant un mercredi; c'était encore un mercredi qu'elle avait reçu la première nouvelle de la mort du dernier roi et qu'elle avait été couronnée. En parlant ainsi elle montrait, je l'avoue, de la faiblesse, mais une faiblesse bien excusable, car l'esprit de la plupart des gens est affaibli en pareille circonstance, et bien peu, même parmi les esprits les plus forts, sont tout à fait exempts d'une légère teinte de cette faiblesse appelée superstition. Nombre de personnes y sont plus sujettes qu'elles ne le laissent voir, et quelques-unes plus qu'elles ne le savent elles-mêmes. »

Durant ce temps, Walpole était dans le Norfolk. On prétend que son collègue, le duc de Newcastle, voulait lui cacher le danger

1) « Suspends les vers lugubres à l'urne de Caroline, et salue son passage dans les rogaumes du repos, après avoir rempli son rôle et béni tous ses enfants.

de la reine. Hervey ne nous apprend pas pourquoi il ne se chargea point de l’en instruire. Sans doute il avait fort à faire déjà. A la fin la vérité parvint à Houghton; et le mercredi 16, sir Robert arriva à Saint-James. Il demeura seul avec la reine pendant quelques minutes. « Elle confia le roi, sa famille et le pays à ses soins. » En sortant, il trouva dans l'antichambre les princesses entourées « de quelques personnes très-sages, très-pieuses et très-affairées,» qui, au grand et dédaigneux étonnement d'Hervey, insistaient sur la nécessité de remplir un devoir essentiel en appelant un prélat.

« Comme la princesse Émilie hésitait à se charger de faire cette proposition au roi ou à la reine, sir Robert, en présence d'une douzaine de gens qui désiraient réellement qu'on appelat le médecin spirituel auprès de la malade, sous prétexte de son salut, ajouta très - prudemment, pour stimuler la princesse : « Je vous en prie, madame, laissez jouer cette farce, l'archevêque remplira très-bien son rôle. Vous pouvez lui dire d'être aussi court que vous voudrez; cela ne fera ni bien ni mal à la reine, et nous satisferons ainsi toutes les bonnes et sottes gens qui nous traiteront d'athées si nous avons la prétention d'être moins fous qu'eux. » Après cette éloquente et sage homélie, toute la compagnie regarda sir Walpole de l'air le plus étonné, les uns admirant sa piété, les autres sa prudence. La princesse Émilie parla au roi, le roi à la reine, et on envoya chercher l'archevêque Potter; mais le roi sortit de la chambre avant l'entrée de sa Grace Épiscopale... La reine pria l'archevêque de prendre soin du docteur Butler, son secrétaire des commandements : ce fut la seule personne que je lui entendis recommander particulièrement et nominativement durant sa maladie; mais elle recommanda les personnes de sa maison en général au roi, en lui disant qu'il savait bien ceux qu'elle aimait et ceux qu'elle n'aimait pas. Je ne pense pas qu'elle en ait désigné aucune en particulier. » (Vol. II, pag. 529.)

Cet intérêt spécial pour l'auteur de « l'Analogie » est une des rares circonstances du récit d'Hervey sur lesquelles on puisse s'arrêter volontiers, relativement à l'influence de la reine sur les affaires de l'Église. Lord Mahon ( Histoire, tome II, p. 172), exalte « son intelligent et louable choix des évêques »; mais rien ne con

tredit davantage ce jugement que les détails donnés par Hervey sur les efforts de de la reine en faveur d'Hoadley, qu'elle fit monter aus plus hautes dignités de l'Église, en dépit, non-seulement des répugnances du clergé et de la nation, mais de l'opiniâtreté inaccoutumée du roi, fondée sur ce que « l'homme ne croyait pas un mot de la Bible.» Nous ne pensons pas manquer de charité en supposant que, dans Butler lui-même, elle protégeait moins le ministre du clergé que le philosophe. Cependant le dernier mot de la reine fut « priez.» Elle mourut à dix heures, dans la nuit du samedi 20.

« On envoya chercher la princesse et lord Hervey; mais au moment même où ce dernier arriva, la reine venait d'expirer. Tout ce qu'elle dit avant de mourir fut ceci : « J'ai maintenant attrapé un asthme. Ouvrez la croisée. » Puis elle ajouta : « Priez, » Aussitôt la princesse Émilie commença à lire des prières , dont elle avait à peine répété dix mots, lorsque la reine rendit le dernier soupir. La princesse Caroline approcha un miroir des lèvres de sa mère, et ne voyant pas la glace ternie, elle s'écria : C'en est fait! sans ajouter un mot, sans verser pour le moment une seule larme sur un malheur dont l'appréhension lui en avait fait tant répandre. Le roi embrassa plusieurs fois le visage et les mains du cadavre; mais au bout de quelques minutes, il sortit de l'appartement de la reine et passa dans celui de ses filles, accompagné d'elles seules; puis, après leur avoir conseillé de se mettre au lit et de se soigner, il alla en faire autant. Dès qu'il fut couché, il manda lord Hervey, le fit asseoir à son chevet, et s'entretint avec lui d'une manière beaucoup plus calme qu'on n'aurait dù s'y attendre. Ensuite, après l'avoir congédié, il envoya chercher un de ses pages, et il ordonna de faire toujours coucher l'un d'eux dans sa chambre durant les premières semaines qui suivirent la mort de la reine. Je suis très-certain qu'il croyait à beaucoup d'histoires de spectres, de sorcières et d'apparitions. Tout en rendant justice à sa force d'âme en d'autres occasions, il me semble

que

c'était chez lui le résultat de la même manière de penser qui fait que beaucoup d'esprits faibles s'imaginent être plus à l'abri des dangers surnaturels avec de la lumière que dans les ténèbres, et en compagnie que dans la solitude. Lord Hervey retourna dans la chambre à coucher de la princesse Caroline, où il resta jusqu'à cinq heures du matin, s'efforçant d'alléger sa douleur en la partageant, et non par cette ridicule méthode de consolateur qui cherche à distraire l'esprit d'une peine qu'on ne peut lui ôter, ou à porter un soudain remède à une affliction que le temps seul peut guérir. (Vol. II, p. 540.)

« Jusqu'à l'enterrement de la reine, le roi resta invisible pour tout le monde, excepté pour ses filles, lord Hervey et Walpole. Encore ne voyait-il ce dernier qu'un instant. Cependant le grand sujet de discussion dans l'antichambre était de savoir dans quelles mains féminines allait tomber le pouvoir. Newcastle et Grafton, admirateurs tous deux de la princesse Émilie, se flattaient qu'à l'âge ou était parvenu le roi, sa fille favorite avait de grandes chances de suceéder à la reine dans sa confiance; mais sir Robert, avec son ton brusque et eynique, disait qu'il chercherait dans la maîtresse du roi le plus sûr moyen d'influence. « Je ferai venir madame Walmoden; je ne veux rien avoir à démêler avec vos filles. J'étais pour la femme contre la maitresse, mais je serai pour la maîtresse contre les filles. » En conséquence, il conseilla au roi, il le pressa même de faire venir immédiatement madame Walmoden du. Vanovre. Il lui dit qu'il devait penser un peu à lui-même, à sa famille, à ses amis, et ne pas ruiner sa santé en se livrant à ses regrets, à sa douleur pour ce qui était irréparable. Le roi prêtait une oreille de plus en plus favorable à ce mode de raisonnement; mais sir Robert Walpole fut moins judicieux, moins respectueux et moins heureux lorsqu'il essaya de tenir le même langage aux princesses. L'orgueil d'Émilie, la tendresse de Caroline en furent tellement choqués qu'il jeta ainsi le fondement d'une double aversion, dont je ne pense pas que personne vive assez vieux pour le voir débarrassé. (Vol. II, p. 544, 545.)

Lord Hervey composa en latin et en anglais une épitaphe à la reine. Il y louait «la fermeté de sa foi dans les doctrines du christianisme et sa rigide pratique des préceptes évangéliques.) Caroline fut enterrée à l'abbaye de Westminster; et. Georges II, à son lit de mort, vingt-trois ans plus tard, ordonna de déposer ses restes à côté des siens, et d'enlever un côté des deux cercueils pour que leurs cadavres embaumés fussent en contact. On a révoqué en doute cette histoire. Mais il y a quelques années, un membre du chapitre, le révérend H. H. Milman, ayant eu à surveiller certaine opération dans le caveau depuis longtemps fermé, trouva les deux cercueils royaux placés sur la même table de granit, dans la position décrite. Les planches enlevées étaient encore appuyées contre le mur.

Bientôt après la mort de la reine, madame Walmoden arriva en Angleterre et fut créée comtesse d'Yarmouth, la dernière pairie de cette nature, autant qu'il nous soit donné de connaître le dessous des cartes.

En 1740, Hervey fut nommé lord du sceau privé. Il mourut en 1743, ågé de quarante-sept ans. La princesse Caroline lui survécut jusqu'en 1757; elle avait alors quarante-cinq ans.

Jusqu'ici le nom d'Hervey ne rappelait aux lecteurs que des idées frivoles, ou pis encore. Désormais, quoi qu'on puisse penser de son caractère moral, on rendra du moins justice à la plume facile et mordante de la victime de Pope.

A dater de 1733, il fut en correspondance constante avec le révérend docteur Conyers Middleton, dont la «Vie de Cicéron » lui est dédiée. La longue et pompeuse dédicace énumère non-seulement toutes les facultés et les perfections intellectuelles du Mécène, mais elle lui attribue toutes les grâces et toutes les vertus qui contrastent avec le portrait de Pope. Cet échantillon d'adulation pédantesque prête sans doute à rire aux lecteurs modernes, mais lord Hervey n'en méritait pas moins tout ce que Middleton dit de son érudition scolastique. Les citations de Tite-Live et de Tacite, dont ses mémoires sont entremêlés, étaient conformes au goût et à l'usage de l'époque. On ne saurait y voir une preuve de pauvreté d'esprit et d'affectation, comme si on les rencontrait dans un ouvrage contemporain. Il était parfaitement apte à tenir tête à Middleton sur toutes les questions d'archéologie classique, par exemple, sur la question restée fort obscure des changements graduels opérés dans la composition du sénat durant la république. Il n'est pas vrai toutefois que lord Hervey ait fait les traductions insérées dans le Cicéron de Middleton. Lady Hervey, voulant rendre justice au docteur, dément positivement cette assertion dans une de ses lettres à M. Morris. Tout ce que fit son mari, ditelle, fut de purifier le manuscrit, » en effaçant un grand nombre d'expressions basses, vulgaires, sentant le collége. Une incrédulité commune était sans doute un puissant lien entre lord Hervey et le

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