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Signalons en passant l'Armorial et Nobiliaire de l'ancien duché de Savoie, par M. le comte Amédée de Foras. Nous disons en passant car, devant se composer de soixante-dix livraisons, onze seulement ont paru depuis 1863. L'ouvrage formera deux volumes in-folio de six à sept cents pages, avec blasons coloriés et rehaussés d'or et d'argent, la plupart accompagnés de leurs ornements. Si nous jugeons de ce qui reste à publier par ce qui a été mis à jour, nous pensons que l'auvre entière sera digne des savants et des intéressés.

- L'histoire de la noblesse a des côtés multiples. Tantot c'est un coup d'oeil général sur l'influence de cette institution dans les sociétés anciennes et modernes; tantôt c'est une étude sur les rapports des différentes classes entre elles dans une même contrée ; tantôt encore l'historique des principales familles d'un royaume, indiquant leur point de départ, leur descendance généalogique, les membres les plus illustres d'une même maison et les hauts emplois auxquels chacun d'eux furent élevés, soit par leur savoir, soit par des services rendus au pays. C'est dans ce dernier cas qu'il faut placer l'Annuaire de la Noblesse de M. Borel d'Hauterive, dont la vingt-septième année vient de paraître. Certes, une publication qui compte un si grand nombra d'années et dont le public ne se fatigue pas, doit nécessairement renfermer les conditions qui, seules, font les succès durables : la vérité et l'exactitude. Dans ce volume comme dans les précédents, on ne trouve pas seulement la filiation des familles titrées de la France et de l'Europe, mais encore des renseignements curieux et nombreux sur la noblesse, la science héraldique et la jurisprudence nobiliaire. L'Annuaire de la noblesse est un manuel que tout homme du monde a besoin de consulter. Le mot noblesse qui lui sert de dénomination spéciale, n'embrasse pas uniquement ceux qui ont une ancienne origine, il s'étend à tous ceux qui ont une haute position, une légitime et honorable renommée. Nobilitas ne veut-il pas dire illustration? Et de qui s'occupera-t-on si ce n'est des personnages qui se distinguent dans l'armée, la magistrature, la diplomatie, les lettres, les sciences et les arts, et même dans l'industrie?

- Sous le titre peu héraldique d'Histoire et de philosophie mêlées l'auteur du Répertoire, M. Denis de Thezan, nous donne une des plus curieuses études sur la noblesse aux croisades. Ces expéditions religieuses, malgré de savants travaux, restent encore peu connues dans leurs causes originelles. Les points de vue sont différents et contradictoires. En érudit consciencieux, l'auteur a voulu démêler ce qu'il y avait de vrai ou de faux dans chacune de ces diverses manières de voir. Son système à lui, si nous l'avons compris, sous l'influence d'une idée préconçue basée sur la foi religieuse, se rattache à celui de Bossuet dans son Histoire universelle. C'est-à-dire que partout, il voit Dieu dirigeant les choses humaines et les faisant aboutir au triomphe de la vérité. Dans la narration des faits, l'auteur se montre à la fois historien et poëte; son amour pour les époques féodales s'y décèle à chaque ligne. Ce qu'il aime par dessus tout, ce sont les vieux manoirs, les antiques châteaux, les cathédrales gothiques, le moyen âge tout entier avec ses tournois, ses pompes, ses hérauts d'armes, ses fiers chevaliers bardés de fer, ses gentes dames, chevauchant, le faucon au poing sur leurs douces hacquenées. A la lecture de son livre, ses croyances peu à peu vous pénètrent et vous émeuvent, et si l'on ne partage pas toutes ses idées, il vous oblige du moins à les respecter par la nature de son talent et de son caractère.

Dans les Maisons historiques de Gascogne, M. Nonlens a su réunir les qualités qui constituent le vrai généalogiste : la patience, le savoir, l'exactitude et la clarté. En alliant la sévérité du généalogiste de bon aloi à la réserve de l'écrivain sérieux, M. Noulens a su donner à son cuvre un intérêt qui l'élève aux proportions de l'histoire. L'ensemble formera, nous assure-t-on, cinq volumes in-octavo. Le cadre nous parait un peu étroit, si l'on fait attention que les deux volumes publiés ne contiennent que les généalogies de huit familles. Autant nous accueillons avec défiance les productions de ce genre basées sur des sources peu sùres, comme il en pullule aujourd'hui, autant nous aimons à recommander celles qui, à l'exemple des Maisons historiques de Gascogne, reposent sur des documents indiscutables, et dont le fond peut aider à faire connaître une société par les membres qui la composaient.

Toutes les qualités du généalogiste se retrouvent aussi chez M. le vicomte Oscar de Poli. Archéologue distingué, cet écrivain est en outre un de nos plus savants héraldistes. Ses connaissances se manifestent dans l'Étude historique des seigneurs de la Rivière Bourdet, où l'on trouve des recherches approfondies et des indications précieuses sur les sires de Mauquenchy-Blainville, les rois d'Yvetot, les Pardieu, les Maignart de Bernières, les Dumoncel de Lourailles, et un grand nombre d'autres familles anciennes de la Normandie.

- M. G. de Rivière de la Batie n'est pas un généalogiste de profession. C'est un savant laborieux et intelligent qui a passé de longues heures à constituer l'histoire des familles nobles et notables de son pays. L'Armorial du Dauphiné est le résultat de ses études. Ce travail décéle chez l'auteur uno impartialité rara et un tact peu commun, surtout dans une matière où les susceptibilités personnelles se dressent à chaque pas irritantes et irritées, devant le travailleur consciencieux. Les filiations y sont suivies avec clarté et avec autorité. Sans se soucier des protestations plus ou moins fondées, M. de la Batie ne laisse en général rien à l'arbitraire, il ne dit que ce que des documents certains lui font dire, et tout ce qu'ils lui font dire et cela sans crainte ni faiblesse Guy Allard et Chorier, on le sait, avaient respectivement traité le même sujet. Leurs nobiliaires, quoique exécutés avec beaucoup de science, étaient très-incomplets. Sans parler des anoblissements qui eurent lieu depuis, leurs ouvres renfermaient d'énormes lacunes concernant les familles existantes. Quant aux familles de race féodale éteintes, elles avaient été systématiquement écartées par eux. M. de la Batie a réparé ces oublis involontaires ou de parti pris. De plus, non sans peine, non sans de persistantes recherches, il a été assez heureux pour

rétablir dans leur assiette des généalogies faites avec trop de légèreté et même de complaisance par ses deux célèbres devanciers. Nous ne ferons qu'une seule remarque, quand ce ne serait que pour légitimer le rôle de critique qu'à tort ou à raison nous nous sommes imposé. L'auteur fait deux familles différentes des Sectoris et des Seytres. Nous avons, nous, de fortes raisons de croire que l'une est un rameau de l'autre. Du reste M. de la Batie penche vers cette opinion, car il renvoie de Sextoris à Seytres. Autre chose. L'on fait descendre des Fialin, M. Gilbert-Victor Fialin duc de Persigny : nous ne nous y opposons pas. Mais c'était là le cas où jamais, eu égard à l'importance du personnage, au lieu d'une simple assertion, d'appuyer cette descendance de preuves sérieuses. Nous aurions bien encore quelques vétilles, quelques points de détail à signaler. A quoi bon ! Dans une ceuvre de cette nature, malgré toutes les qualités que nons exigions plus haut des généalogistes, il ne faut pas chercher la perfection. D'ailleurs les taches de forme ne doivent pas prévaloir contre le fond, et comme dit Horace,

Verum ubi plura nilent in carmine, non ego paucis

offendar maculis. Les Mystères du blason et de la noblesse, par M. Gourdon de Genouillac, n'offraient pas les mêmes difficultés ; ici l'on n'avait pas à craindre de froisser l'amour-propre. Le seul qui pût être en jeu était celui de l'auteur pour plaire à son public; et disons-le tout de suite, il a complétement réussi. Son livre a été « enlevé » par les amateurs de ce genre de production. Il est vrai que le titre avait quelque chose bien digne d'exciter la curiosité. Les mystères ont cela de particulier que moins on les comprend, plus on veut les comprendre. Toutefois le succès du livre de M. Gourdon de Genouillac tient à un motif plus sérieux. C'est qu'on y trouve toutes les questions sur la noblesse traitées avec une entière connaissance de cause. Les légendes qui ont poussé si dru sur le sol fécond de la féodalité, l'auteur les analyse, les discute et tâche d'en faire ressortir le sens qu'elles comportent. Il combat non sans raison, cette manie qui consiste à vouloir trouver quand même une signification au blason. Si une science a eu ses apôtres, et même ses fanatiques c'est à coup sûr la science héraldique. Rien n'est plus propre,

en effet, que de réveiller chez l'homme le sentiment du merveilleux que ces figures bizarres, singulières, fantastiques, représentées sur un écusson. Les Mystères du blason répondent à ce mouvement de notre esprit. Tout n'est pas cependant exempt de reproche. En fouillant bien nous trouverions par-ci par-là quelques faits sur lesquels nous serions en dissidence avec l'auteur. Par exemple, il s'indigne de voir dans un titre de 1260 le mot ignoble appliqué à un bourgeois. A son point de vue M. Gourdon de Genouillac peut avoir raison. Pour nous, le mot ignoble n'avait pas alors le sens qu'on lui donne aujourd'hui. Il ne voulait pas dire, bas, vil, abject, immonde, non. Il signifiait tout simplement non noble.

- Jadis les communes avaient toutes des emblèmes respectifs qu'elles conservaient pieusement soit comme la marque d'une glorieuse origine, soit comme le signe vénéré de leur indépendance.Chose étrange, ce symbole de liberté fut regardé plus tard comme l'expression du despotisme. M. Couis de Bresc était sans aucun doute pénétré de ces idées quand il concut le dessin de son Armorial des communes de la Provence. Les réflexions judicieuses sur l'affranchissement des communes émises dans l'introduction sembleraient l'indiquer. Nous ne pourrions que féliciter l'auteur de son entreprise, si, fidèle à son point de départ, il eût cherché les emblèmes des villes dans leur histoire même. Mais, comme il a soin de le dire, toutesles armoiries consigrées dans son livre sont extraites de l'Armorial yénéal de France exécuté par ordre de Louis XIV en 1696. Or, il est avéré que cet immense catalogue ne fut dressé qu'en vue de réparer les déficit du trésor royal. Quiconque voulut des armoiries s'en fit octroyer le droit moyennant la somme de vingt francs. Dans cette sorte de steeple-chasse au blason, les communes, par l'intermédiaire de leurs conseillers ne restèrent pas en arrière. D'Hozier, dispensateur des grâces héraldiques du « roi soleil »» ordonnait et composait à sa guise les blasons accordés. Il résulte de là : lo que le droit de porter armoiries n'implique pas la noblesse ; 2° que les armoiries concédées aux communes, dans leurs pièces constitutives, n'eurent en général rien qui rappelât un souvenir historique. On le conçoit sans peine, sur une telle base, il était difficile à l'auteur de produire une cuvre original, malgré les grandes connaissances héraldiques dont il a fait preuve. Cependant l'Armorial des communes de Provence, exécuté avec infiniment de soin et d'exactitude, pour les indications qu'il fournit sur une multitude de faits concernant la noblesse provençale, sera encore recherché de tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de cette province.

-M. Edouard de Barthélemy a montré, dans les Grands Écuyers et la Grande Écurie de France, qu'il y avait encore là matière à intéresser le public après l'Histoire des grands officiers la couronne du P. Anselme.

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Son livre, dont on a déjà parlé (t. I. p. 176), nous apprend avec précision l'origine et l'histoire des grandes charges de l'Etat; à quel moment et pour quels motifs fut institué le titre de grand écuyer ; l'organisation de l'écurie de nos rois au moyen âge ; le fonctionnement du personnel de cette institution, enfin la vie circonstanciée de la plupart des hauts personnages qui furent élevés à la dignité de grand écuyer, toutes choses que l'on ne savait que très-imparfaitement avant l'auteur.

- En 1769, Mlle Denis, héraldiste célèbre, publia un Armorial des membres de la Chambre des Comptes. Ce travail, extrait des mémoriaux de la Chambre, qui, à l'origine, devait se composer de douze volumes, parut en un volume in-quarto. Onze années plus tard, l'auteur donna une nouvelle édition de son livre en deux volumes du même format avec des augmentations. M. d'Yanville, reprenant en sous-euvre l'armorial de Mlle Denis, par ses recherches particulières, ses additions et corrections en a fait pour ainsi dire un ouvrage nouveau. Naturellement Mlle Denis s'arrêtait en 1769; M. d'Yanville, lui, arrive jusqu'en 1789, et, dans une étude importante, il fait l'histoire complète de la Cour des Comptes « seur cadette du Parlement et fille de la Cour du Roi. )

L'Armorial des villes, bourgs et villages de la Lorraine, par Constant Lapaix, est un travail identique à celui de M. de Bresc. Seulement M. Lapaix a eu l'heureuse idée de rejeter l'Armorial de 1696, pour recourir aux sources manuscrites et compulser tous les documents authentiques relatifs à son sujet. Aussi ce livre a-t-il une autorité que ne pourra jamais avoir celui de M. de Bresc. La Société d'Émulation du département des Vosges l'a honoré d'une médaille en vermeil. Cette récompense décernée par une compagnie si compétente suffit pour faire l'éloge du travail de M. Constant Lapaix. Les armoiries municipales offrent un grand intérêt, parce qu'elles présentent le drapeau de la cité. Beaucoup de savants, et l'auteur est du nombre, en font remonter l'origine au xie siècle, à l'époque où l'on fixe ordinairement l'affranchissement des communes. Cette opinion qui a cours aujourd'hui ne repose pourtant sur aucunes preuves bien solides.

Il est, en effet, difficile d'admettre qu'à un moment donné, toutes les communes, secouant le joug de la tutelle féodale, s'élevèrent simultanément et d'un seul bond à la vie administrative sur toute l'étendue de notre vieille France. Il aurait fallu pour cela, entre autres choses, une homogénéité et une discipline gouvernementales que repoussent la difficulté des communications, le morcellement du pouvoir et les divisions territoriales d'alors. Et puis, l'esprit humain ne procède pas ainsi ; le progrès ne s'accomplit pas par soubresaut, mais bien par suite d'un mouvement continu et permanent. Avant donc le xn° siècle, les libertés municipales devaient être en usage depuis longues années, lorsque ce

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