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ce ministère leur offre de veiller au salut du pays; comment n'en profiteront-ils pas, alors surtout que la politique du gouvernement est entrée dans une période de semi-activité qui peut n'avoir pas l'approbation de tous les députés comme elle n'a pas celle de toute la presse?

Mais nous observons que c'est là un sujet qui ne se raconte pas dans un Bulletin, mais qui demande à être traité, discuté dans toutes ses parties. Plutôt donc que de l'ébaucher dans un récit qui serait plus que raccourci, nous lui consacrerons un article spécial, dont les éléments sont répandus dans le premier volume du Portefeuille.

ANGLETERRE.- En Angleterre, les vacances parlementaires ne font que commencer, après une session très longue, très mouvementée, très agitée, et très occupée. Ses résultats ne répondent pas entièrement aux efforts qu'ils ont coûté; mais si l'on considère le lourd héritage que lui a légué le cabinet précédent, le bagage encombrant de radicaux que la majorité avait dans son sein, le sentiment religieux et l'esprit conservateur des plus libéraux, si enfin l'on met en ligne de compte les talents et l'habileté de l'opposition conservatrice dans les deux chambres, on ne saurait trop apprécier l'étendue des succès remportés par le cabinet Gladstone. Il lui a été beaucoup contesté, il s'est vu forcé de faire de nombreuses et importantes concessions, il a amendé lui même ses meilleures lois, celles où il avait réuni le meilleur de ses efforts en faveur des principes humanitaires et en faveur des fermiers irlandais; mais ce qu'il en a conservé et les parties qu'on lui en a concédées, établissent un ensemble qui doit toujours lui être imputé à honneur. C'est une œuvre incomplète, mais c'est bonne semence en bon terrain, et l'on peut dire que le ministère libéral a doublé le cap des tempêtes.

Nous n'en aurions pas tant à dire si nous le suivions sur le terrain politique extérieur; nous réservons cette partie. En attendant nous devons au cabinet Gladstone une réparation à laquelle il a droit. On se rappelle que, pendant les séances de la Conférence de Berlin, la Reine a écrit une lettre au sultan cette immixtion directe de la Reine dans les affaires politiques était propre à susciter à M. Gladstone des critiques, qui, du reste, ne lui ont pas été ménagées. Or, nous apprenons par un de nos correspondants de Constantinople que le sultan Abdul-Hamid avait fait tenir à la Reine une lettre où il se

plaignait de son ambassadeur et de son premier ministre, la conjurant de leur ordonner d'avoir plus de ménagement pour un souverain allié, qui est aussi le calife des quarante millions de musulmans indiens.

Suivant le conseil de M. Gladstone, la Reine a répondu dans le sens désirable et avec les formes amicales, mais sa lettre ne contenait aucune des réponses que le Sultan s'en était promises, en sorte que celui-ci se garda bien de la laisser livrer à la publicité.

ITALIE. — Pareille à la chambre des députés de France, celle d'Italie ne manquera pas d'occupations urgentes où le calme de l'esprit lui serait indispensable, ni d'occasions de discussions qui menacent de le leur enlever. Voici comment le journal le Nord décrit la situation parlementaire de ce pays. à l'approche de l'ouverture de la session :

« Les chambres italiennes ne vont pas tarder à rentrer en session. Au moment où elles se sont séparées, on s'était dit que l'apaisement, qui n'avait pu se faire sous l'influence immédiate des impressions que ministériels et dissidents avaient rapportées de la lutte électorale, dans laquelle les uns et les autres s'étaient combattus avec une ardeur et une âpreté extrêmes, serait peut-être l'œuvre du temps. Mais le temps n'a pas travaillé pour le cabinet; il n'a fait, au contraire, qu'ajouter de nouvelles difficultés à celles avec lesquelles il était déjà aux prises à la fin de la dernière session, et on peut prévoir que lourde sera sa tâche pour déjouer les calculs de ses adversaires et conserver dans la chambre une majorité. Dans l'idée du ministère, la législature actuelle doit être fort courte et se limiter au vote de quelques lois d'importance secondaire et de la réforme électorale, celle-ci devant avoir pour conséquence de mettre fin à bref délai au mandat de la chambre, puisqu'elle modifiera les bases de la représentation élective. Il a même été convenu à la fin de la dernière session que dès la reprise de ses travaux, la chambre aurait à mettre à son ordre du jour la discussion de la loi électorale. Mais divers incidents survenus pendant les vacances parlementaires ont été, dans la presse, l'objet de polémiques qui trouveront très certainement un écho dans le parlement. On sait déjà que le ministère sera interpellé au sujet des affaires de Tunis et des troubles de Naples, et on peut prévoir que les nouvelles vexations dont ont été l'objet des pêcheurs chioggiotes dans les eaux de l'Istrie,

l'augmentation des redevances sur l'octroi, seront le point de départ ou l'occasion d'interrogations au cabinet, sur la réforme tributaire et la politique extérieure.

« Pour ce qui est de Tunis, il paraît résulter des informations du Diritto que le gouvernement a fait tout ce qu'il devait faire à ce sujet, et que la solution donnée aux derniers incidents n'est en aucune façon dommageable aux intérêts italiens. D'autres journaux italiens annoncent que l'Italie aurait obtenu le consentement du Bey à l'établissement d'une ligne télégraphique sons-marine entre la Sicile et la Régence, ligne dont l'établissement tenait fort à cœur à la colonie italienne. C'est parce que les tergiversations du premier ministre au sujet de la demande faite à cet effet par le consul d'Italie, M. Maccio, avaient paru à ce dernier être calculées en vue de lasser sa patience et de le faire renoncer à sa demande, que le consul avait rompu toutes relations personnelles avec le ministre, en déclarant à celui-ci qu'il entendait désormais ne traiter qu'avec le Bey lui-même les affaires dont il aurait à s'occuper. La concession a donc son importance, et les journaux de l'opposition qui tout récemment reprochaient au gouvernement de n'avoir pas pu l'obtenir, doivent reconnaître qu'en l'accusant d'inertie, ils s'étaient trompés. Quant à la question de la pêche dans les eaux de l'Istrie, il est sans doute étrange que le pyroscaphe qui fait la police dans ces eaux, commette si souvent l'erreur de saisir des barques de chioggiotes comme ayant dépassé la limite en deçà de laquelle elles ont le droit de pêche, alors qu'il est reconnu ensuite par les autorités compétentes qu'elles n'avaient pas franchi cette limite; mais c'est déjà un résultat qui a sa valeur que le gouvernement italien ait obtenu du gouvernement austro-hongrois qu'il accepte en principe de discuter un règlement international pour la pêche. Les négociations se poursuivant en vue de la rédaction de ce réglement, la chambre jugera sans doute qu'il convient d'attendre qu'elles aient abouti à une solution. »

Les deux grosses questions qui semblent devoir donner lieu. à de vifs débats, ce sont celles des troubles de Naples et des redevances sur l'octroi. La première sera vraisemblablement l'occasion, pour les adversaires du cabinet, de reprendre le débat si souvent abordé par toutes les oppositions, dans ces dernières années, sur la liberté de réunion et d'association. C'est là une arme à deux tranchants que l'on a toujours sous la main; tantôt on reproche au gouvernement de porter

atteinte à cette liberté, tantôt on l'accuse de la laisser dégénérer en licence. Un jour, c'est sa tolérance qu'on incrimine; un autre jour c'est de sa fermeté qu'on lui demande compte. Maintenant, dans le cas particulier des désordres qui se sont produits à Naples, est-il vrai que le représentant du gouvernement, le préfet, se soit départi de la neutralité à laquelle il était tenu dans la lutte entre la députation provinciale et la junte communale, entre le conseil municipal et le conseil provincial, c'est-à-dire entre les dissidents de gauche, dirigés par MM. de San Donato et Nicotera, qui dominent dans cette députation, et les modérés, appuyés par les ministériels, qui prévalent dans la municipalité? Trois mille électeurs ont été inscrits d'office sur les listes pour la députation provinciale; la municipalité a contesté la régularité et la validité des inscriptions. L'avant-veille des élections, les modérés et leurs alliés ont voulu tenir une réunion; les sandonatistes et les nicoteriens ont réussi à y pénétrer et il en est résulté une véritable bagarre. Les premiers sont descendus dans la rue en protestant aux cris de: Vive le Roi! vive le municipe! contre la violation de leur réunion; les gardes de la sûreté les ont chargés et dispersés. Les modérés et les ministériels prétendent que le préfet, au lieu de rester spectateur impartial dans la lutte et de se renfermer dans son rôle de gardien et de défenseur de la légalité, a pris fait et cause pour les amis de MM. Nicotera et de San Donato, bien que ceux-ci votent contre le ministère en toute circonstance, et ils font remonter au ministre de l'intérieur la responsabilité de l'attitude du préfet. Il n'y a pas bien longtemps qu'au contraire les dissidents accusaient le même ministre de complaisance pour le syndic, M. le comte Guisso, qui est un des chefs du parti modéré, et de connivence avec lui aux dernières élections générales. Il convient donc, pour se prononcer entre le ministère et ses accusateurs, d'attendre les explications qui seront échangées au cours du débat sur l'interpellation annoncée de M. Carraccioli di Bella. Toujours est-il que le scrutin a donné tort à MM. de San Donato et Nicotera dont la liste est restée de beaucoup en minorité.

En ce qui touche l'augmentation de la redevance due par les communes à l'État sur le produit de la perception des droits d'octroi, il est certain que non seulement les grandes villes que le gouvernement veut surtaxer se refusent à accepter la surtaxe, mais que les communes mêmes dont la redevance a été diminuée se déclarent également mécontentes, parce

qu'elles ne se trouvent pas suffisamment déchargées. Toutes les juntes municipales, avec un parfait ensemble, menacent de donner leur démission. La situation ne laisse pas que d'être embarrassante pour le ministère; il subit les conséquences d'une loi défectueuse qui, tous les cinq ans, prescrit des opérations qui ont le grand inconvénient de mettre en opposition et en lutte, suivant l'expression de l'Italie, le gouvernement et les communes, et de constituer l'État juge souverain dans sa propre cause. Cette loi fait partie du système que préconisait M. Sella et qui consistait à sacrifier les communes pour accroître les ressources de l'État. Il serait bon de faire disparaître cette loi; mais on n'improvise pas une législation sur une matière aussi délicate, et les crises ministérielles multipliées de ces dernières années n'ont guère laissé le temps aux différents cabinets qui se sont succédé, d'étudier les problèmes à résoudre et de préparer les solutions.

Toujours est-il que le ministère va se trouver à la rentrée de la Chambre très vivement attaqué, et que ce ne sera pas sans peine qu'il réussira à se dégager du réseau d'interpellations dans lequel ses adversaires se proposent de l'enserrer. Cependant, l'opinion générale, à l'heure actuelle, paraît être, à en juger par les informations de journaux qui ne lui sont pas toujours favorables, que la coalition sera impuissante dans son nouvel assaut au cabinet, et que celui-ci obtiendra à la première occasion un vote de confiance.

ESPAGNE. Une grande allégresse, à laquelle se mêle peutêtre un certain désenchantement, règne en ce moment à Madrid. La reine Christine est accouchée d'une fille. Avec une confiance que l'événement n'a point justifiée, la cour espagnole avait compté sur la naissance d'un prince. Mais, de même que la reine Emma, des Pays-Bas, a mis au monde, il y a quelques jours, une princesse au lieu d'un prince que l'on avait espéré, de même une princesse est née en Espagne. Quoi qu'il en soit, la succession au tròne est assurée dans tous les cas, si toutefois il peut être question, en Espagne, d'une pareille chose.

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Le roi Alphonse, à l'occasion de cet événement, a suivi exactement, et avec un scrupule consciencieux, les anciennes traditions de l'étiquette castillane. En ce faisant, il a tenu compte des idées de la nation espagnole dans toute la mesure du possible.

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