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je connoisse, au moins sans vice quelconque intrinseque et capital. Et pour ce qui regarde les ameliorations d'une certaine importance dont il seroit susceptible, je dois avouer, que selon moi il ne reste pas même, à beaucoup peu, autant de choses à faire qu'on peut le supposer, après tout le chemin que l'on a fait incontestablement depuis peu d'années. On a rompu la glace sur bien des choses; Tout ce qui étoit mistère d'Administration tant en Cour que dans les Provinces, ne l'est plus aujourd'hui: Tout est decouvert, le Bien et le Mal, On est moyennant cela aujourd'hui, sachant ce que l'on vaut, dans le cas de pouvoir tirer parti de ses avantages, et, connoissant le foible et les imperfections de son état, a portée de pouvoir y porter remede. La Constitution du Gouvernement présent est simple et analogue à la nature des choses. Les anciens préjugés sont déjà détruits pour la plûpart, et il sera fort aisé d'achever ce qu'il peut en rester encore. On a excité l'Industrie dans tous les Esprits, il en a resulté un gout pour les Manufactures, le Commerce et la partie des Finances qui n'existoit nullement par le passé, et les effets de cette grande revolution dans les Esprits se sont déja si fort multipliés depuis peu d'années, que les étrangers n'en sont pas peu étonnés. On voit presque tous les jours établir des Manufactures nouvelles, et former des Compagnies, et quoiqu'il faille un certain temps pour que les choses puissent être portées à leur perfection, et que moyennant cela il n'est rien qui doive étonner, si on n'y est pas parvenu encore; comme actuellement toutes les routes sont ouvertes, et que les chemins sont frayés, il est bien plus aisé d'aller au parfait, ou au moins de s'en rapprocher. Les moyens suivants pourront peut-être encore en faciliter les voies :

1". Il faut envisager le Conseil d'Etat comme le pivot, sur lequel doit rouler toute la machine; n'ignorant rien de tout ce qui se passe et de tout ce qui est successivement ordonné en conséquence, et ayant en même temps une connoissance parfaite de la totalité, il peut par ses Conseils faire mouvoir tous les ressorts conformement à l'Uniformité de Principes qu'il convient pour le bien de l'Etat à un Gouvernement sage, de faire regner dans toutes ses mesures et dans toutes ses resolutions. Le Prince peut être tranquille, si ce Conseil est bien composé, et plus il aura de lumières lui-même, plus d'avantages et d'utilités pourra-t-il retirer de sa vigilance, de

Archiv Bd. XLVIII. I, Halfte.

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son travail, de ses avis et de sa cooperation. Mais comme il est entre autres, aussi par Etat, le Surveillant de tous les autres Departements, et qu'il doit par conséquent l'emporter sur eux en merite, en connoissances et en qualités morales, il importe que le Souverain s'occupe sans cesse du soin de prevenir et d'empecher, qu'il ne s'y glisse les vices d'opiniatreté, d'esprit de contradiction, d'injustice, de trop de dureté, d'antipathie ou de prédilection, d'esprit de domination, d'intérêt, de corruption, de cabales et d'intrigues, ou autres foiblesses de l'Esprit humain, les Sujets qui le composent, chargés de la correction des autres, devant prêcher l'exemple, et les défauts qu'ils pourroient avoir étant par conséquent bien plus importants et bien plus repréhensibles que ceux d'aucun autre des Serviteurs de Votre Majesté. Je suis neantmoins bien éloigné d'exiger, que ce soient des Etres sans aucune imperfection, sachant bien, qu'il n'en est peut-être aucun dans toute l'Espèce humaine; Mais je crois cependant que, si jamais le besoin l'exigeoit, des admonitions faites avec bonté et en cas de nécessité même des plus serieuses pourroient au moins prévenir bien des suites facheuses.

2o. Si le Conseil d'Etat tachoit aussi d'être d'accord en lui même sur les Principes Généraux de Legislation et de Direction, il s'épargneroit souvent des differences d'opinion, qui ne resultent ordinairement, que de ce que les Sujets qui le composent ne pensent pas toujours de même à cet égard.

30. On abregeroit beaucoup les Deliberations, si dans les affaires les plus importantes et d'un grand détail, conformément au premier Institut, on foisoit dresser auparavant par le Référendaire ou l'un des Conseillers d'Etat des Points de Délibérations, et si ensuite en allant aux voix on delibéroit sur chaque point séparément et sans passer du premier au second et ainsi successivement aux autres, qu'à mésure qu'ils seroient évacués un à un; parceque moyennant cette methode il seroit plus facile, dans le cas de quelque observation importante, nouvelle et particulière, de recueillir les voix encore une fois, et de ne pas laisser souvent les choses indécises.

4o. Sa Majesté l'Empereur observe encore très judicieusement, que le Conseil d'Etat est plus occupé de minuties que de grands objets. Cela est vrai, et jusques à un certain point cela ne pourra même jamais manquer d'être ainsi, soit parce

qu'il y a naturellement en général toujours un plus grand nombre de petites affaires qu'il n'y en a de grandes, soit parceque jusqu'ici par année courante il a passé au delà de trois mille Circulanda par les mains du Conseil; Et il est certain, que ceux qui le composent, faute de temps physique ne pouvant presque pas même suffire à un Courant de travail d'une aussi grande étendue, il ne leur reste pas le Loisir qu'il leur faudroit pour pouvoir méditer et travailler des objets plus importants. Cela est assez facheux sans doute, mais il est à observer d'abord, que dans les premiers temps de l'Etablissement du Conseil, destiné par son Institut à consulter Votre Majesté sur tout ce qui Lui parviendroit, d'ailleurs dans le cas d'avoir lui-même besoin de se mettre au fait de tout, et Votre Majesté jusques-là ayant été dans l'usage de se faire rendre compte d'affaires et de choses de toutes especes, il étoit bien juste et bien simple, que son Conseil prit au moins autant de peines que jusque là Elle avoit bien voulu en prendre Elle toute seule. Plus ou moins cela doit arriver necessairement sous les Regnes de tous les Princes qui voudront être informés et prendre connoissance de tout par eux-mêmes; et au fond dez que le Prince mettra des bornes raisonnables à la louable intention qui l'a porté à adopter cette façon de travailler, tout compté il y aura à cela plus de bien que de mal; mais comme ce bien dépend cependant de la sage détermination des bornes, dans lesquelles il convient de se contenir, c'est dans cette operation faite avec discernement qu'il faut chercher et que l'on trouvera le remede à l'inconvenient qu'il y a à donner plus d'étendue qu'il ne convient à l'objet du travail de la Direction Superieure. Pour cet effet il semble, qu'il faut constater avant tout, si réellement le Conseil d'Etat a été occupé jusqu'ici d'objets étrangers à ses devoirs, et cette operation sera facile à faire en chargeant chacun des Membres du Conseil de repasser attentivement les feuilles de Circulation d'un an ou deux, et de noter toutes les matières qu'ils jugeront ne plus devoir être portées d'orenavant à la décision de votre Majesté, et par conséquent à la connoissance de son Conseil.

5o. L'on y decouvrira en même temps les cas, dans lesquels le Conseil commet la faute de s'emparer de differents objets qui devroient être par Institut de la gestion de tel ou tel autre Departement et les rend moyennant cela plus ou

moins inutiles, en leur ôtant ainsi une partie de leur autorité et de leur activité. Il se met d'ailleurs par là dans le cas de pouvoir beaucoup moins s'en prendre à eux de leurs fautes et de leurs negligences; Et Sa Majesté l'Empereur a parfaitement raison par conséquent, en observant: qu'il convient d'accorder une confiance entière à ceux qui président aux différents Départements de l'Etat, et qu'il faut leur attribuer toute l'autorité propre à les mettre en état de pouvoir s'acquitter utilement de leurs Emplois, afin de les engager par la Consideration que moyennant cela le mal ainsi que le bien ne pourront être attribués qu'à eux, non seulement à ne pas negliger leurs devoirs, mais même à s'évertuer et à tacher de s'en .acquitter avec distinction. Mais quoique ce Principe soit très vrai, et son objet des plus louables, sans des bornes convenables dans son application il seroit sujet à de grands inconvenients. Tout ce qui est du ressort de la Legislation, par exemple, et tout ce qui peut porter sur l'Universalité, ne pourroit jamais être abandonné au jugement arbitraire d'un Chef particulier, qui n'est pas, ainsi que le Souverain et son Conseil, à même de pouvoir embrasser l'idée de la Totalité, et de juger moyennant cela, si ce qui paroit convenir à sa partie, convient aussi relativement au Tout. D'ailleurs la plus part des objets de chaque Département ont presque toujours tant de connexion d'autres, que si les Chefs de chacun d'eux étoient en droit de faire de leur coté et sans la Correspondance et Correlation nécessaires tout ce qu'ils jugeroient à propos, il ne pourroit en resulter que de très grands desordres, de frequentes contestations, des mesures contradictoires et maints autres inconvenients, si sensibles pour tout homme sensé, que je doute fort, qu'aucun Chef au prix des dangers auxquels il se verroit continuellement exposé, voulut risquer de se prevaloir de l'étendue d'Autorité que Sa Majesté l’Empereur pense qu'il seroit convenable d'attribuer aux premieres Places.

Il n'en est pas de même néantmoins des Départements dont les devoirs sont bornés à l'execution des ordres immédiats du Prince, et de ceux qui leur parviennent, en son Nom par les Chefs-Departements. Non seulement il convient, mais il est même très essentiel, de leur donner, non pas à la verité une Autorité illimitée, mais toute l'étendue de Pouvoir cependant qui peut leur être nécessaire, pour que l'execution soit toujours

avec

conse

aussi prompte qu'exacte; chose impossible, lorsqu'ils ont les mains trop liées, et qu'ils ne peuvent aller en avant sur rien sans demander continuellement de nouveaux ordres et de nouvelles Instructions; et dont il resulte souvent un refroidissement de zèle très préjudiciable au Bien des affaires, et un defaut d'Activité dans toute la Machine, très contraire à la promptitude, avec laquelle il est aussi desirable qu’utile, que l'execution suive toujours de plus près que possible les Résolutions.

60. Pour la facilité, l'acceleration et le Succès même des affaires, il importe beaucoup aussi, que dans un Etat, toutes les Directions soient appropriées à leurs objets, et il seroit très essentiel, par conséquent, d'examiner d'abord sans prévention, et sans se laisser arrêter par la déférence que l'on se sent souvent pour le passé et ses usages, quels sont les Départements du Gouvernement, qui ont besoin d'être gouvernés par des Corps de Conseils et de Conseillers, et quels sont ceux qu'il convient de soumettre en échange de préférence à la Direction d'un seul Chef, et de faire traiter en suite les affaires qui sont confiées aux uns ou aux autres, en quence de ce qui auroit resulté de cet Examen.

Voici cependant, en quoi diffèrent entre eux ces deux genres de Directions. Dans les Conseils le Chef ou Président est obligé à se décider d'après la pluralité des voix de ses Conseillers, et a tout au plus la liberté, lorsqu'il est d'un autre avis, de donner son opinion séparément; et dans les Directions du second genre au contraire, le Chef jouit à la verité également de l'avantage de pouvoir tant qu'il le veut, se prévaloir des lumières et du travail de ses Subalternes, mais peut en échange, sans être gené par leurs avis, prendre dans toutes les occasions le parti qu'il croit le plus convenable, et aller en avant en conséquence, comme il le juge être le plus à propos. La première de ces deux methodes convient et devient même nécessaire dans toutes les affaires de justice et autres qui ont des Loix et des formes préscrites et decidées et qui contentieuses par leur nature exigent moyennant cela d'amples discussions. Mais comme elle fait perdre beaucoup de temps, qu'il en resulte nécessairement des différences d'opinions, et de là, ainsi que des subtilités qui souvent se mettent de la partie, des embarras, indépendamment de l'inconvenient qu'il

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